Les Carpes de Sandoz : une Parmigiani Toric Tecnica Dédiée à un Sculpteur

Hasan Bekmezci · · 7 min read
Parmigiani Toric Tecnica Les Carpes de Sandoz

Parmigiani Toric Tecnica Les Carpes de Sandoz

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Au début du vingtième siècle, sur la rive d'un lac suisse, un enfant contemplait des heures durant la surface de l'eau. Il observait la danse patiente et gracieuse des carpes glissant parmi les ombres ; il retenait comment le corps d'un poisson se courbe dans l'eau, comment les écailles brisent la lumière. Le nom de cet enfant était Édouard Marcel Sandoz.

Né à Bâle en 1881, fils du fondateur de la célèbre société pharmaceutique Sandoz, il ne poursuivit ni la richesse ni l'industrie, mais la forme et le mouvement vivant. Sculpteur et peintre, il tailla les animaux dans un style tel qu'il semblait insuffler la vie au bronze et à la pierre. Les poissons et les oiseaux avant tout. Entre ses mains, une carpe n'était pas un métal figé, mais une créature vivante qui, l'instant d'après, allait donner un coup de queue et plonger dans les profondeurs. À sa mort en 1971, il laissait l'une des plus élégantes interprétations de la forme animale.

Plus d'un demi-siècle passa. Et une maison horlogère placée sous le patronage de la famille Sandoz, Parmigiani Fleurier, résolut de rendre une dette de dévotion à ce grand ancêtre artiste. Le but était simple mais presque impossible : ramener les carpes de Sandoz à la vie sur le minuscule cadran d'une montre-bracelet.

Les Carpes de Sandoz - tasarim suluboya (Marie Bouttecon)
L'aquarelle de conception de Marie Bouttecon : trois carpes, des feuilles de nénuphar et le tourbillon au cœur du bassin Photo: Marie Bouttecon / Parmigiani Fleurier

La Dévotion d'une Famille et la Designer à l'Œil de Peintre

Parmigiani Fleurier, fondée en 1996 par le maître restaurateur Michel Parmigiani, est l'une des maisons les plus pures et les plus indépendantes de l'horlogerie suisse ; et le lien de sang entre la Fondation de famille Sandoz, derrière la marque, et Édouard Marcel Sandoz confère à cette œuvre un sens intime qui l'élève au-dessus d'une montre ordinaire. Pour la pièce, on choisit la collection fondatrice de la marque, la Toric : proportionnée selon le nombre d'or, avec sa lunette guillochée et ces élégantes cornes en forme de goutte.

Celle qui conçut ce projet céleste et orchestra l'harmonie de tous les métiers fut Marie Bouttecon. D'un œil de peintre, elle prit la ligne fluide des sculptures de Sandoz et la transforma en une composition de cadran ; sur une aquarelle, elle traça où chaque carpe glisserait, comment les feuilles de nénuphar diviseraient l'eau, et où dans le bassin tournerait le tourbillon. L'esquisse ci-dessous est la première forme de ce rêve sur le papier.

Les Carpes de Sandoz - kadran (uc sazan ve turbiyon)
Le bassin sur le cadran : trois carpes glissant parmi les nénuphars, et le tourbillon, remous vivant de l'eau Photo: Parmigiani Fleurier

Le Bassin sur le Cadran : Trois Carpes et un Tourbillon

Et le rêve devint réalité. En regardant le cadran, vous ne voyez plus une montre ; vous plongez le regard dans l'eau claire d'un bassin. Trois carpes nagent, glissant parmi les feuilles de nénuphar ; l'une se tourne vers vous, l'une plonge dans les profondeurs, l'une reste suspendue à l'ombre des feuilles. Et au cœur du bassin, le tourbillon qui tourne sans cesse est le tourbillon vivant de l'eau ; le cœur mécanique qui compte le temps s'est mué en remous.

Cette scène ne fut pas seulement peinte ; elle fut gravée, découpée, martelée et cuite au feu. Pour lui donner naissance, il fallut la rencontre de trois maîtres distincts et de trois arts distincts.

Les Carpes de Sandoz - gravurlu kasa profili (Eddy Jaquet)
La gravure d'Eddy Jaquet : le flanc du boîtier orné de motifs de plantes aquatiques et les cornes en goutte de la Toric Photo: Parmigiani Fleurier

L'Eau Gravée dans le Métal : Eddy Jaquet

Le premier maître fut le maître graveur Eddy Jaquet, que nous avons déjà reçu dans ces pages. Jaquet grava l'eau et les feuilles de nénuphar en zones de champlevé, c'est-à-dire en bassins creux destinés à être remplis d'émail, et dans le fond de ces creux il travailla de fins motifs qui capteraient et briseraient la lumière. Les carpes, il les traita une à une : il découpa chacune, la grava en relief et la sertit dans son logement sur mesure sur le cadran, de sorte que les poissons acquièrent une profondeur comme s'ils nageaient véritablement au-dessus.

La gravure de Jaquet ne se limita pas au cadran. Sur les flancs du boîtier, les trois ponts du mouvement et la boucle du fermoir, il travailla des feuilles de nénuphar en demi-relief ; et le couvercle à savonnette qui recouvre le fond, il le transforma en un jardin de motifs de plantes aquatiques répétés. Chaque centimètre du métal se remplit de la mémoire de l'eau.

Les Carpes de Sandoz - grand feu mine iscilik
Le travail de l'émail grand feu : les carpes colorées couche après couche au pinceau, telles une miniature Photo: Parmigiani Fleurier

La Reine du Feu : l'Émail Grand Feu

Le deuxième art, qui donna au cadran sa couleur et sa lumière, fut le grand feu. Ce travail délicat et dangereux fut confié à l'un des ateliers les plus experts de Suisse, L'Officina de l'émail (Vanessa Lecci). L'émail n'est en vérité que du verre coloré réduit en poudre ; son véritable secret réside dans la relation que ce verre noue avec le métal et avec le feu.

Lorsque l'émail fut déposé dans les bassins de champlevé qu'avait gravés Jaquet, deux magies distinctes entrèrent en jeu. L'émail translucide étalé sur le fond gravé de l'eau révéla le motif dessous exactement tel quel ; dans cette technique, appelée flinqué, la lumière remontant de sous l'émail donna à l'eau une profondeur et un mouvement réels. Les corps des carpes, quant à eux, furent colorés couche après couche au petit pinceau, telle une miniature. Et le secret de la couleur réside dans la chimie : chaque couleur naît d'un oxyde métallique différent ; le cobalt donne le bleu, le cuivre le vert, et le fer les tons de la terre.

Les Carpes de Sandoz - grand feu firini
Le grand feu : le cadran cuit dans un four dépassant huit cents degrés Photo: Parmigiani Fleurier

Un Pari à Huit Cents Degrés

Mais poser l'émail n'est que le début du travail ; la véritable épreuve est au four. Le cadran est placé dans un four de huit à neuf cents degrés, et ce verre en poudre fond en une surface brillante et vitreuse. Comme chaque couleur cuit à une température différente, l'opération se répète bien des fois ; les couleurs les plus robustes d'abord, les plus délicates en dernier. Parfois un seul cadran entre des dizaines de fois dans le feu avant d'être achevé.

Et chaque cuisson ranime le risque que des mois de labeur ne s'évanouissent en un instant : une seule bulle d'air, un minime écart de température ou une fissure invisible peut tout ruiner. Voilà pourquoi l'émail grand feu est l'art le plus courageux de toute l'horlogerie ; chaque fois que le maître ouvre la porte du four, c'est comme regarder l'issue d'un pari.

Les Carpes de Sandoz - mine pigmentleri
La chimie de la couleur : les pigments d'émail, chaque teinte née d'un oxyde métallique différent Photo: Parmigiani Fleurier

Le Géant sous le Bassin : le Calibre PF352

Et sous tout cet art bat un monstre d'ingénierie. Le calibre PF352 à remontage manuel réunit quatre grandes complications dans un seul mouvement : une répétition minutes, un tourbillon, un quantième perpétuel et un chronographe. Composé de cinq cent quatre-vingt-six composants et de quarante-sept rubis, ce mouvement bat à un rythme de 3 hertz et possède une réserve de marche de quarante heures.

Le détail le plus élégant se cache dans la répétition minutes. La plupart des montres à sonnerie possèdent un verrou latéral pour déclencher le son ; Parmigiani a supprimé ce verrou. Pour entendre le temps sonné en carillons sur cette montre, il suffit de tourner d'un quart de tour, dans le sens des aiguilles, la lunette guillochée de la Toric. Ainsi la fonction la plus technique de la montre se fond dans la partie la plus élégante de son dessin. Tout cet univers est logé dans un boîtier de 46,7 millimètres en or blanc 18 carats.

Les Carpes de Sandoz - mekanizma PF352
Le calibre PF352 : un mouvement réunissant répétition minutes, tourbillon, quantième perpétuel et chronographe Photo: Parmigiani Fleurier

Modèle Unique : Un et Unique

Lorsque vous retournez la montre, vous voyez que l'art se poursuit au dos. Le couvercle à savonnette gravé par Jaquet est orné d'un treillis tissé de gouttes d'émail cabochon vertes et bleues ; sur lui sont écrits deux mots : Modèle Unique. Et en dessous, un numéro : N° 65066. Cette montre est unique au monde ; elle n'a pas d'égale, et n'en aura jamais.

Les Carpes de Sandoz - arka kapak MODELE UNIQUE
Le fond : un treillis d'émail cabochon vert et bleu, les mots Modèle Unique et N° 65066 Photo: Parmigiani Fleurier

La Mémoire de l'Eau

Au début du vingtième siècle, un enfant contemplait des carpes sur la rive d'un lac. Cet enfant grandit et coula ces carpes dans le bronze ; et un demi-siècle plus tard, quatre maîtres emprisonnèrent son rêve une fois de plus dans l'or, l'émail et le feu.

La Parmigiani Toric Tecnica Les Carpes de Sandoz n'est pas une montre portée au poignet, mais l'art d'arrêter un instant fugace. Tandis que les carpes de son cadran continuent de nager à jamais et que le tourbillon continue de tourner à jamais, vous contemplez en vérité la beauté qu'Édouard Marcel Sandoz vit sur la rive de ce lac. L'eau s'écoule, mais sa mémoire demeure, à jamais, au sein de l'or.

Category Chefs-d’Œuvre
Author Hasan Bekmezci
Published Temmuz 12, 2026
Read Time 7 min read
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