Deux filtres dans un studio photographique
Dans un petit studio photographique de Copenhague, deux filtres polarisants étaient posés côte à côte sur l'établi. La physicienne opticienne Dr Iris Lund en prit un, le posa sur l'autre et le tourna lentement : la lumière faiblit, faiblit encore, et à un certain angle fut coupée entièrement.
"Le même tour à chaque fois," dit le photographe Theo Marsden. "Deux morceaux de verre, tous deux transparents, et noirs quand on les superpose."
"Pas un tour, une sélection," dit Iris. "Le premier filtre ne laisse passer que la part de la lumière qui oscille dans une seule direction. Tourne le second de quatre-vingt-dix degrés et il ne reste rien à laisser passer."
Theo tendit le bras : "Alors explique-moi ceci. Le cadran de cette montre change de couleur selon l'endroit d'où on la regarde, et les aiguilles disparaissent parfois."
Iris regarda la montre et se redressa : "Qu'est-ce que c'est ?"
"La MING 29.06 Peepshow," dit Theo.
Pourquoi le cadran change de couleur
"Deux choses distinctes travaillent ensemble," dit Theo. "La première est le cadran lui-même : un cadran métallique guilloché par CNC, recouvert d'un revêtement multiphasique. Ce revêtement renvoie la lumière à différentes longueurs d'onde selon l'angle d'arrivée ; c'est pourquoi le bleu devient parfois violet et le violet presque noir."
"Interférence en couche mince," dit Iris. "La même famille qu'une bulle de savon. Et les aiguilles ?"
"C'est la seconde chose. Ce ne sont pas des aiguilles telles que nous les connaissons ; ce sont des disques polarisants en saphir. Ce qui tourne au-dessus du cadran n'est donc pas une tige mais un petit cousin du filtre posé sur ton établi. À mesure que le disque tourne, la lumière qu'il laisse passer selon l'angle change, et l'aiguille devient brillante, puis pâle, puis invisible."
Iris resta un moment silencieuse : "Ainsi un horloger a utilisé la polarisation de la lumière pour faire lire l'heure. Ce n'est pas peindre un cadran ; c'est transformer un cadran en instrument d'optique."
"Cela fonctionne aussi dans le noir," ajouta Theo. "Il y a du Super-LumiNova sur les disques."
format_quote"Un horloger a utilisé la polarisation de la lumière pour faire lire l'heure. Ce n'est pas peindre un cadran ; c'est transformer un cadran en instrument d'optique."
Dr Iris Lund, physicienne opticienne
Un boîtier en titane et un micro-rotor
Iris prit la montre en main : "Elle est légère."
"Titane de grade 5," dit Theo. "Quarante millimètres de diamètre, onze virgule huit de hauteur. Il n'y a pas de lunette ; un verre saphir profond en forme de boîte repose directement sur le boîtier, et le fond est également en saphir bombé. Les cornes sont la signature de la maison, de fines lames qui jaillissent du corps. Étanche à cinquante mètres."
"Qu'y a-t-il à l'intérieur ?"
"Le calibre ASE 200.M1 réalisé pour MING par Schwarz-Etienne. Automatique, mais le rotor ne couvre pas la face : un micro-rotor en tungstène. Vingt-neuf pierres, un barillet squeletté, réglé dans cinq positions et environ quatre-vingt-six heures de réserve de marche."
"Cinquante pièces sont produites," ajouta-t-il. "Vingt-deux mille francs hors taxes, avec des livraisons à partir de cet été."
Iris posa la montre et sourit : "J'emporte celle-ci à mon cours demain. C'est la façon la plus courte d'expliquer la polarisation."