format_quote"Tandis que Capitaine Flam, série culte des années 1970, glissait entre les planètes rouges à bord du vaisseau « Comet », un enfant rêvait devant l’écran. Cet enfant s’appelait Max Büsser. Des années plus tard, en rencontrant le génial horloger David Candaux, il a fait entrer le vaisseau de Capitaine Flam dans une boîte de montre. La HM6 est une micro-machine vivante qui explique une physique complexe par les analogies les plus simples."
PREMIÈRE PARTIE : CAPITAINE FLAM ET LE VAISSEAU BIOMORPHIQUE « COMET »
On se souvient de Capitaine Flam (Curtis Newton) pour le vaisseau qu’il pilotait en défendant la galaxie : le Comet. Le Comet n’était ni anguleux, ni froid, ni cubique. Ses lignes étaient rondes, il évoquait un organisme vivant, et ses capsules sphériques à l’avant comme à l’arrière en faisaient un dessin biomorphique, c’est-à-dire qui imite les formes du vivant.
En dessinant le moteur de la HM6, David Candaux n’a pas traité la montre comme une plaque de métal, mais comme une miniature vivante du vaisseau de Capitaine Flam, portée au bras.
Le partage des rôles est clair : l’idée et le concept reviennent à Maximilian Büsser, le dessin du produit à Eric Giroud, et le mécanisme lui-même à trois années de développement menées avec David Candaux Horlogerie Créative. Capitaine Flam était né bien plus tôt, dans les magazines populaires américains des années 1940, sous la plume d’Edmond Hamilton, avant que la série animée japonaise de 1978 ne l’amène sur les écrans européens. Le Comet, lui, se résumait à deux sphères réunies par un tube. La question restée dans l’esprit de Büsser tenait en une phrase : et si l’on superposait deux Comet ? Les quatre globes de la HM6 sont précisément cette réponse.
La boîte est usinée dans deux lingots massifs de titane grade 5, et amener ces surfaces courbes à leur texture satinée demande plus de cent heures de travail à la main. Cette première version en titane, lancée en 2014, a été limitée à cinquante exemplaires.
DEUXIÈME PARTIE : LA SCIENCE DE LA HM6 PAR L’ANALOGIE MICROMÉCANIQUE
Comme l’arbre de transmission d’une voiture : faire passer la force à 90 degrés (cinématique)
Le problème : dans une montre ordinaire, les roues tournent côte à côte, comme posées sur un plateau. Or les indications d’heures et de minutes du vaisseau de Capitaine Flam logent dans deux globes dressés à la verticale.
L’analogie simple : exactement l’arbre de transmission qui conduit la force horizontale d’un moteur vers des roues tournant sur un autre axe. David Candaux a développé des engrenages coniques spécifiques qui plient la force du mouvement à quatre-vingt-dix degrés et la portent aux globes d’aluminium dressés. Ces globes sont si légers qu’ils sont plus minces qu’une feuille de papier : ils ne fatiguent pas le moteur.
Les globes sont usinés dans des blocs d’aluminium massif, évidés jusqu’à l’épaisseur du papier, et tournent sur des paliers rubis. Réduire ainsi la masse n’est pas une coquetterie : un engrenage conique perd un peu de rendement à chaque angle droit qu’il fait franchir à la force, et l’on ne récupère ce rendement qu’en allégeant ce que l’on entraîne.
Comme l’aérofrein d’un avion : des turbines aérodynamiques (mécanique des fluides)
Le problème : un geste brusque du bras, et la masse oscillante s’emballe à l’intérieur de la montre, au risque de briser ses rouages les plus fins.
L’analogie simple : un avion à l’atterrissage qui relève ses volets et se freine contre la résistance de l’air. Sous les deux dômes de saphir de l’arrière est logée une turbine chacune, usinée dans un bloc d’aluminium massif et pourvue de quinze pales incurvées. Lorsque le bras s’agite trop vite, ces turbines utilisent le frottement de l’air pour empêcher le mécanisme de tourner trop vite et de se détruire.
Ce qui entraîne les turbines, c’est la masse oscillante elle-même : plus le rotor accélère, plus les turbines tournent, plus les pales chassent d’air, plus le frein mord. Au lieu d’ajouter un patin de friction au système de remontage, on lie l’intensité du freinage à l’intensité même du danger.
Une visière de soleil : le bouclier anti-ultraviolets (tribologie et photochimie)
Le problème : les ultraviolets du soleil dessèchent les huiles synthétiques qui lubrifient le tourbillon, au cœur de la montre. Si l’huile sèche, le mécanisme se bloque.
L’analogie simple : Capitaine Flam abaissant la visière noire de son casque à l’approche d’une étoile. En tournant la seconde couronne, sur le flanc gauche, un bouclier de titane à six lames se referme sur le tourbillon central. Quand on veut se protéger du soleil, on chausse des lunettes noires au mécanisme.
Les lames se recouvrent en se fermant, comme le diaphragme d’un appareil photo. C’est un aveu rare en horlogerie : les huiles synthétiques modernes ne sont pas parfaites, elles vieillissent sous l’ultraviolet et leur coefficient de frottement grimpe. Plutôt que de dissimuler ce fait, la HM6 tend un couvercle à son propriétaire.
L’effet vitre d’aquarium : neuf dômes de saphir (optique et science des matériaux)
Le problème : un verre rond et bombé déforme ce que l’on regarde à travers lui, produit un effet de fish-eye et rend la montre illisible.
L’analogie simple : un bon casque de plongée, ou la vitre d’un aquarium. Neuf dômes de saphir sont taillés à des micro-tolérances qui réduisent la déformation optique au minimum. Sous quelque angle que ce soit, on voit le cockpit intérieur sans distorsion.
Le compte se fait ainsi : quatre dômes pour les globes des heures et des minutes, quatre pour les turbines, un pour le tourbillon, neuf au total. Avec le verre plat du fond, la montre porte dix pièces de saphir distinctes. Chaque dôme est creusé dans du saphir massif à l’outil diamanté, son épaisseur de paroi égalisée en tout point, puis poli séparément à l’intérieur et à l’extérieur. Laissez subsister une différence d’épaisseur et le dôme se comporte en lentille ; c’est exactement pour cela que les dômes de la HM6 travaillent comme des fenêtres et non comme des loupes.
format_quote"Laissez subsister une différence d’épaisseur et le dôme se comporte en lentille ; c’est pour cela que les dômes de la HM6 travaillent comme des fenêtres et non comme des loupes."
TROISIÈME PARTIE : LA FICHE SCIENTIFIQUE ET HORLOGÈRE
Forme du corps : un dessin biomimétique issu du Comet de Capitaine Flam ; boîtier en titane grade 5 (Ti-6Al-4V) usiné dans deux lingots massifs et terminé à la main en plus de cent heures.
Dimensions : 49,5 x 52,3 x 20,4 mm. La « Space Pirate » en titane, présentée en 2014, est limitée à cinquante pièces ; son prix de lancement s’élevait à 215 000 francs suisses.
Globes avant : cinématiquement l’équivalent d’un arbre de transmission, des engrenages coniques à quatre-vingt-dix degrés portent la force du mouvement horizontal jusqu’aux globes verticaux des heures et des minutes. Ces globes sont usinés en aluminium et tournent sur paliers rubis.
Turbines arrière : mécanique des fluides. Deux turbines en aluminium de quinze pales incurvées chacune, entraînées par la masse oscillante, la freinent par frottement de l’air et protègent le système de remontage.
Bouclier central : tribologie et photochimie. Un bouclier de titane à six lames, ouvert et fermé par la seconde couronne de gauche, coupe les ultraviolets et ralentit le vieillissement des huiles synthétiques.
Verres : neuf dômes de saphir (quatre indications, quatre turbines, un tourbillon) et un saphir plat au fond, soit dix pièces au total.
Moteur : calibre tridimensionnel développé pour MB&F avec David Candaux Horlogerie Créative ; tourbillon volant, masse oscillante automatique en platine 950 en forme de hache de guerre, 475 composants, 68 rubis.
Marche : fréquence du balancier de 2,5 Hz (18 000 alt/h), 72 heures de réserve de marche.
En mêlant la physique, l’aérodynamique et la science des matériaux à un rêve d’enfance, David Candaux et Max Büsser ont fait sortir l’horlogerie du simple métier de mesurer le temps. La HM6 « Space Pirate » est une machine de bande dessinée vivante, qui fait sentir à chaque instant, au poignet, un voyage entre les galaxies.
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Hasan Bekmezci