Le troisième acte : Petermann Bédat Reference 1825

La troisième montre d’un atelier de deux personnes deux fois primé au GPHG, et pour la première fois sans complication

Louis Lorent · · 7 min read
Petermann Bedat

Petermann Bedat

translate Also available in Türkçe → · English →

En horlogerie indépendante, le moment le plus difficile n'est pas la première montre. Le plus difficile, c'est la troisième.

La première est une promesse ; personne n'en attend trop. La deuxième montre que la promesse a été tenue. La troisième doit répondre à une autre question : cet atelier a-t-il un langage, ou avait-il deux bonnes idées ?

Deux hommes qui travaillent à Renens, Gaël Petermann et Florian Bédat, ont présenté cette troisième montre en 2026. Elle s'appelle Reference 1825, et le calibre qu'elle abrite est nouveau, parti de rien.

Petermann Bedat
Petermann Bédat Reference 1825 : boîtier en or rose, trente-huit millimètres, cadran en émail grand feu vert translucide.

Deux GPHG et une attente

Pour qui ne connaît pas ce nom, un bref résumé est nécessaire, car c'est de là que vient le poids de la pièce devant nous.

Gaël Petermann et Florian Bédat se sont rencontrés à l'école d'horlogerie. Gaël a travaillé en Allemagne chez A. Lange & Söhne ; Florian d'abord chez Harry Winston, puis lui aussi aux côtés de Gaël à Glashütte. Il y a également entre eux des travaux de restauration menés pour Christie's, autrement dit deux hommes qui ont démonté de vieilles montres, regardé dedans et appris comment elles avaient été pensées. En 2017, ils ont installé leur propre atelier à Renens, juste à côté de Lausanne.

Leur première montre fut la Reference 1967 : seconde morte, c'est-à-dire une aiguille des secondes qui, au lieu de balayer, avance mécaniquement d'un pas à chaque seconde pleine. Cette montre a remporté le prix de la Révélation horlogère au GPHG de Genève en 2020, une distinction que le jury attribue à une jeune marque.

Leur deuxième montre fut la Reference 2941 : un chronographe rattrapante monopoussoir à compteur de minutes sautant. Elle a remporté le prix du Chronographe au GPHG en 2023.

La troisième montre a donc été présentée devant une étagère portant deux statuettes du GPHG. Et voici l'intéressant : cette fois, il n'y a pas de complication.

Petermann Bedat
Gaël Petermann et Florian Bédat : rencontrés à l'école d'horlogerie, leur association s'est consolidée à Glashütte.
format_quote

"En horlogerie indépendante, le moment le plus difficile n'est pas la première montre. Le plus difficile, c'est la troisième."

Une difficulté sans complication

La Reference 1825 indique les heures, les minutes et la petite seconde. C'est tout.

Cela ressemble à un choix facile et c'est l'inverse. Dans un chronographe rattrapante, la foule vous sauve : l'œil trouve où aller, l'admiration se disperse dans la densité technique. Dans une montre à trois aiguilles, il n'y a nulle part où se cacher. La proportion du boîtier, la texture du cadran, la pointe d'une aiguille, la courbe d'un pont ; chacun est exposé, un par un.

La façon dont l'atelier décrit le travail est elle-même parlante. Dans leurs propres mots, il s'agit d'un calibre défini non par la complication mais par la forme. Autrement dit, le but n'était pas d'ajouter une fonction mais de bâtir une architecture.

Petermann Bedat
Le boîtier vient du langage de dessin développé sur la Reference 2941, repris pour une montre à trois aiguilles.

Calibre 233 : une cloche au milieu

Le nouveau mouvement s'appelle calibre 233. Remontage manuel, trente millimètres de diamètre, vingt et un rubis. Dix-huit mille alternances par heure, soit deux cycles et demi par seconde. Réserve de marche de cinquante-six heures.

Deux de ces chiffres sont un choix délibéré. Dix-huit mille est nettement plus lent que le standard moderne de vingt-huit mille huit cents, et cela a deux conséquences : les pièces s'usent moins, et l'aiguille des secondes avance avec un tic assez paresseux pour être suivi de l'œil. C'est le rythme des vieilles montres de poche. L'atelier a choisi ce rythme parce que l'inspiration du mouvement, ce sont aussi les montres de poche autrefois restaurées sur son établi.

L'architecture est bâtie ainsi : un ordre qui commence symétriquement en haut converge vers un unique pont d'acier en forme de cloche au centre, puis s'ouvre vers le bas sur une disposition plus libre. C'est une voie médiane assumée entre la rigidité de la platine trois quarts allemande et la liberté des ponts séparés genevois.

Platine et ponts sont en maillechort. Le choix de cet alliage n'est pas un caprice esthétique : le maillechort n'est pas traité, il est laissé nu, et il prend avec le temps une teinte légèrement dorée qui lui est propre. Autrement dit, la couleur du mouvement change en vieillissant. Un traitement de surface figerait cette surface ; le maillechort continue de vivre.

Et il y a une première : dans ce calibre, toutes les roues sont en or massif. Une roue en or coûte plus cher que le laiton et n'est pas mécaniquement obligatoire ; mais elle ne s'oxyde pas et laisse un bord plus net sur les dents lors de la taille. Côté réglage, un classique suisse est présent : un col-de-cygne.

Le ressort de balancier est à courbe Breguet. La spire extérieure est relevée sur un pont et recourbée vers l'intérieur, de sorte que le ressort respire de façon plus concentrique. Ce détail est une réponse vieille de deux cent trente ans au même problème, et il sert encore dans les meilleures montres.

Petermann Bedat
Calibre 233 : ponts en maillechort, pièces d'acier polies à la main, rubis surdimensionnés et roues en or massif.
Petermann Bedat
Le col-de-cygne : la réponse classique au réglage fin, en acier terminé à la main.
Petermann Bedat
Un rubis surdimensionné et une roue en or : la taille du rubis est à la fois une décision visuelle et un moyen de garder l'huile en place plus longtemps.
format_quote

"Le maillechort n'est pas traité. La couleur du mouvement change en vieillissant ; un traitement de surface figerait la pièce, le maillechort continue de vivre."

Le cadran : fermé pour la première fois

Sur les deux montres précédentes de l'atelier, le cadran était semi-ouvert ; une partie du mouvement se voyait de face. Sur la Reference 1825, il y a pour la première fois un cadran entièrement fermé, et c'est un pas assumé vers un versant plus calme.

Le cadran est réalisé par Olivier Vaucher. Les plaques sont en or gris et une texture est appliquée au laser directement sur la surface. Un émail grand feu vert translucide est posé par-dessus.

Le vrai tour de force est là : l'émail étant translucide, la texture laser en dessous n'est pas perdue, elle se voit à travers l'émail. La couleur du cadran n'est donc pas un vert unique ; la lumière entre dans l'émail, frappe la texture de l'or et revient. Tournez le cadran et le vert s'assombrit et s'éclaircit, car ce que vous voyez n'est pas une surface peinte mais un paysage sous verre.

La structure est celle d'un cadran secteur : un cercle au centre, un anneau distinct autour, une fine frontière entre les deux. Cette disposition est la marque des cadrans des années 1930 et fut inventée pour améliorer la lisibilité. L'index douze et les repères d'heures sont polis et posés individuellement sur le cadran ; les échelles des minutes et des secondes ainsi que le logo de la marque sont imprimés. Les aiguilles sont en or rose et terminées à la main.

Petermann Bedat
Émail grand feu vert translucide et la texture laser en dessous : la couleur n'est pas un vert mais la lumière qui traverse l'émail et revient.
Petermann Bedat
La frontière du cadran secteur et l'échelle des minutes imprimée : la solution de lisibilité des années 1930.
Petermann Bedat
Le même cadran sous une autre lumière : l'émail translucide s'assombrit et s'éclaircit quand l'angle change.

La liste des terminaisons

Pour comprendre où va le prix d'une montre indépendante, il faut regarder la liste des terminaisons. Celle de l'atelier se lit ainsi.

Côtes de Genève sur les ponts avec anglages polis à la main. Grainage soleillé et perlage sur la platine. Toutes les pièces d'acier anglées, polies et polies noir à la main. Grainage circulaire sur les roues, leurs bras anglés et polis à la main. Grainage circulaire sur le balancier. Grainage escargot sur le barillet et le rochet.

Le poste le plus coûteux de cette liste est le polissage noir. On aplanit et on brunit une surface d'acier jusqu'à ce qu'elle ne retienne aucune rayure dans aucune direction ; elle renvoie la lumière comme un miroir sous un certain angle et paraît entièrement noire sous un autre. Cela se fait à la main, cela ne se fait pas à la machine, et une seule erreur renvoie la pièce entière au début.

Le boîtier est en or rose, trente-huit millimètres de diamètre et dix virgule quinze millimètres de hauteur glace comprise. La glace est un saphir boîte avec traitement antireflet. La boucle est en or rose.

Petermann Bedat
Le fond saphir : les ponts en maillechort ne sont pas traités et prendront leur propre teinte avec le temps.
Petermann Bedat
Trente-huit millimètres au poignet : la hauteur du boîtier dépasse à peine dix millimètres avec la glace.

Combien, et quand

Le chiffre de l'édition limitée est énoncé ici de manière inhabituelle. L'atelier ne donne pas de nombre ; il écrit à la place : limitée par notre production en quatre ans, de 2026 à 2029.

Cette phrase n'est pas un jeu marketing mais un aveu de capacité. Un atelier de deux personnes ne peut terminer que quelques dizaines de montres par an, et une partie va aux références précédentes. La raison pour laquelle ils ne donnent pas de chiffre n'est donc pas le mystère mais l'honnêteté : eux-mêmes ne savent pas exactement combien ils pourront en faire.

Pour comparaison : la Reference 2941 du même atelier était limitée à dix pièces seulement en boîtier platine.

Et une dernière note. En septembre, les nominés 2026 du GPHG seront annoncés. La Reference 1825 est une montre sans complication, à trois aiguilles, à cadran émaillé et terminée à la main ; autrement dit, elle se place exactement dans les catégories classiques du jury. Il faut aussi se rappeler que cet atelier y est déjà monté deux fois. Nous ne ferons pas de prédictions, mais nous attendrons la liste.

Petermann Bedat
À l'établi à Renens : la capacité annuelle d'un atelier de deux personnes est elle-même le chiffre de l'édition limitée.
Petermann Bedat
Le même établi : une loupe, des brucelles et du temps.
Petermann Bedat
Petermann Bédat Reference 1825 : calibre 233, cinquante-six heures de réserve de marche, roues en or massif.
Category Nouveautés
Author Louis Lorent
Published Temmuz 28, 2026
Read Time 7 min read
edit_note

Write to the Editor

Your email will not be published.

mail

The Journal Digest

Join our inner circle for weekly dispatches on the world's most significant watches.