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Le calendrier qu’on ne craint pas de toucher : l’H. Moser & Cie Endeavour Perpetual Calendar

Le mode d’emploi de presque tous les quantièmes perpétuels porte un avertissement : ne touchez pas aux correcteurs entre vingt heures et trois heures du matin. Moser a tenu cet avertissement pour un défaut de conception et a bâti un calendrier réglable à toute heure, en avant comme en arrière.

Hasan Bekmezci · · 7 min read
H. Moser & Cie.

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L’Endeavour Perpetual Calendar. Boîtier or blanc de quarante-deux millimètres et cadran fumé. Photo: H. Moser & Cie.

Achetez un quantième perpétuel et la notice glissée dans la boîte portera presque toujours le même avertissement. Ne touchez pas aux correcteurs de date, de jour ou de mois entre vingt heures et trois heures du matin. Pendant ces heures, les rouages de changement du calendrier sont engagés les uns dans les autres, et un poussoir qui les force de l’extérieur peut casser une dent, tordre un levier et envoyer le mouvement au service.

Il en résulte une situation étrange. La complication la plus chère du catalogue est aussi la seule pièce qui prévient son propriétaire de ne pas y toucher. Les gens hésitent donc à laisser s’arrêter leur quantième perpétuel, se crispent au moment de le régler, et préfèrent souvent le porter chez un horloger. Si vous avez peur d’utiliser un instrument, cet instrument n’est pas vraiment le vôtre.

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"La complication la plus chère du métier est le seul instrument qui prévient son propriétaire de ne pas y toucher."

Hasan Bekmezci

H. Moser & Cie a vu dans cet avertissement un défaut de conception plutôt qu’une fatalité. Le quantième perpétuel de la maison se règle à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, en avant comme en arrière, sans risque pour le mouvement. Cela ressemble à une petite commodité ; en réalité, le rendre possible a exigé de déplacer la place du calendrier à l’intérieur de la montre.

La quasi-totalité des quantièmes perpétuels classiques sont des modules. On les pose comme un étage distinct sur un mouvement de base achevé. Le module reçoit son mouvement du calibre mais n’en fait pas partie. Il possède son propre rouage, et ce rouage ne tourne que dans un sens : à chaque pas, un sautoir fait tomber la roue en place et l’empêche de revenir. Faire tourner un module à l’envers revient donc à travailler directement contre ces sautoirs. Forcez, et c’est un ressort qui casse ou une dent qui saute.

Dans le calibre HMC 800 de Moser, le calendrier n’est pas un module. Il est construit à l’intérieur du mouvement, comme une part de son propre rouage. Dans cette disposition, le mouvement venu de la couronne entraîne les roues mêmes que la montre entraîne déjà : il peut donc aller en avant comme en arrière. La différence n’est pas une commodité, c’est un choix d’architecture.

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Le mois se lit là où une courte aiguille centrale désigne l’un des douze index. Ni guichet de mois, ni compteur d’année bissextile. Photo: H. Moser & Cie.

La deuxième question est celle du changement lui-même. Quand un calendrier fait passer la date à minuit, il emprunte l’une de deux voies. Dans un dispositif traînant, le disque glisse sur plusieurs heures ; regardez à onze heures du soir et la date se tient entre deux chiffres. Dans un dispositif instantané, le disque tombe en place en une fraction de seconde.

Le saut instantané est plus élégant, et il se paie en énergie. Il faut déplacer d’un coup le disque des dates, en fin de mois la roue des mois, et une fois tous les quatre ans la roue bissextile. Cette énergie s’accumule dans un ressort pendant des heures et se libère d’un seul coup. Voilà le danger : cette libération brutale peut faire chuter un instant le couple du barillet, le balancier peut perdre de l’amplitude à minuit, et la montre peut se tromper cette nuit-là. Le travail d’une bonne architecture calendaire consiste à isoler le saut du rouage en marche.

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Le cadran fumé demande plus de deux cents étapes ; la couleur part claire au centre et s’assombrit vers le bord. Photo: H. Moser & Cie.

Imaginons deux personnes en discuter à l’établi : le constructeur qui loge le calendrier dans le mouvement et le designer qui dessine le cadran.

Le designer pose le problème. Un quantième perpétuel porte quatre indications : jour, date, mois et année bissextile. La réponse classique consiste en quatre guichets ou trois compteurs. Le cadran devient alors un tableau de bord et toute la revendication de sobriété s’effondre.

Le constructeur pose la question évidente. Laquelle pouvons-nous supprimer ?

La réponse du designer ne porte pas sur la suppression. N’en supprimons aucune, mais servons-nous deux fois de ce qui est déjà là. Le cadran porte douze index, posés pour indiquer les heures. Douze index, c’est douze mois. Mettons au centre une aiguille très courte : l’index qu’elle désigne donne le mois.

Le constructeur objecte. Les gens accepteront-ils de lire un même repère dans deux sens ?

Le designer concède qu’au premier jour, non. Mais dès la deuxième semaine ils sauront sans regarder, car le mois ne change qu’une fois par mois. Ce n’est pas une information à lire sans cesse. On l’apprend une fois, puis elle devient invisible.

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"L’indication la moins coûteuse est celle que vous n’avez pas ajoutée."

Hasan Bekmezci

Et de fait, le cadran ne porte aujourd’hui ni guichet de mois ni compteur d’année bissextile. Le mois se lit à l’index que désigne la courte aiguille centrale. En termes de densité d’information, la solution est élégante : une indication de plus est portée sans qu’un seul repère nouveau soit ajouté à la surface. La maison décrit elle-même cette approche comme une philosophie du moins est plus, et choisit de ne pas même poser son logo sur le cadran.

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L’exécution fumé gris. La maison préfère garder jusqu’à son propre logo hors du cadran. Photo: H. Moser & Cie.

Le cadran est un ouvrage en soi. Cette surface, dite fumé, demande plus de deux cents étapes. Un motif soleillé s’ouvre depuis le centre, et le ton part clair au milieu pour s’assombrir vers le bord. Ce dégradé n’est pas pulvérisé mais construit par couches, raison pour laquelle aucun cadran n’est jamais la copie exacte d’un autre.

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La même architecture lue en émail grand feu. Photo: H. Moser & Cie.
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Un cadran saumon fumé. Le dégradé se construit par couches plutôt qu’au pistolet. Photo: H. Moser & Cie.

Le mouvement s’appelle HMC 800 et se remonte à la main. La réserve de marche atteint cent soixante-huit heures, soit sept jours pleins. Ce chiffre n’est pas une vantardise mais une conséquence directe du calendrier. Un quantième perpétuel consomme un peu d’énergie chaque jour, et cette consommation s’élève brusquement à chaque fin de mois. C’est pourquoi la réserve de la plupart des calendriers modulaires reste courte. Sept jours signifient qu’il reste de l’énergie une fois le calendrier nourri.

Le boîtier mesure quarante-deux millimètres et il est en or blanc. L’étanchéité atteint trois atmosphères et le bracelet est en kudu. Le prix s’établit à cinquante-quatre mille francs suisses hors taxes.

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Cent soixante-huit heures de réserve mesurent l’énergie qui reste une fois le calendrier nourri. Photo: H. Moser & Cie.

La maison entretient une longue relation avec cette complication. Les débuts modestes d’H. Moser & Cie remontent aux années 1820, et le quantième perpétuel passe depuis longtemps pour son ouvrage signature. Au Grand Prix d’Horlogerie de Genève 2011, la Moser Perpetual Golden Edition figurait dans la présélection de la catégorie Montre Compliquée. Zenith a remporté la catégorie cette année-là, mais l’idée apportée par Moser est restée, et elle se construit encore aujourd’hui selon la même logique.

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L’exécution en tantale. La même architecture calendaire dans un autre métal. Photo: H. Moser & Cie.

Réfléchir à ce que fait réellement un quantième perpétuel mène quelque part d’étrange. Ce mécanisme inscrit dans le métal une table de quatre ans. La longueur de quarante-huit mois y est consignée sous forme de différences de profondeur sur le pourtour d’une came. La montre lit cette table et donne la bonne réponse à chaque fin de mois. Vous tenez donc en main un instrument qui se souvient à votre place.

La mémoire humaine ne fonctionne pas ainsi. Nous oublions, nous confondons, nous recalculons chaque année le nombre de jours de février. Un quantième perpétuel prend ce travail en charge et ne demande rien en retour. La seule chose qu’il demande, c’est d’être remonté.

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"Un calendrier se souvient à votre place. Sa courtoisie est de ne pas vous punir quand vous vous trompez."

Hasan Bekmezci
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La couleur du cadran change sans cesse avec l’angle de la lumière ; la même montre prend plusieurs teintes dans une journée. Photo: H. Moser & Cie.

Ce que Moser a ajouté vaut précisément ici. Fabriquer un instrument qui se souvient est difficile ; en fabriquer un qui se souvienne et qui pardonne l’est davantage. Ce calendrier ne vous dit pas de ne pas y toucher. S’il vous prend l’envie, à minuit, de faire reculer la date, vous le pouvez. Si vous l’avez laissé sur le mauvais mois, vous corrigez. Le mécanisme ne vous punit pas.

De toutes les grandeurs que nous mesurons, le calendrier est la plus humaine. La seconde vient de la physique, le jour de la rotation de la Terre, l’année d’une orbite. Le mois a été pris aux phases de la lune, puis rogné, allongé, et doté quelque part d’un jour supplémentaire pour convenir à la manière dont les hommes conduisent leurs affaires. Un calendrier est donc un arrangement entre une mesure que le ciel fournit et la façon dont nous préférons compter, et comme tout arrangement il est irrégulier. Tailler cette irrégularité sur le pourtour d’une came de quarante-huit mois et la porter au poignet compte parmi les réponses les plus élégantes que nous ayons trouvées à notre propre désordre.

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L’Endeavour Perpetual Calendar se fabrique encore aujourd’hui comme la complication signature de la maison. Photo: H. Moser & Cie.
Catégorie Prix
Auteur Hasan Bekmezci
Publié le Eylül 16, 2026
Lecture 7 min read
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