Neil deGrasse Tyson, l'un des astrophysiciens les plus lus de notre temps, aborde la question par la chimie et déclare :
« Les éléments les plus répandus dans l'univers sont l'hydrogène, l'hélium, l'oxygène et le carbone. Ce sont précisément les éléments qui constituent la base du corps humain et de la vie telle que nous la connaissons. Nous ne sommes pas faits d'une matière étrangère au cosmos ; nous sommes faits des matériaux les plus ordinaires du cosmos. Il est donc tout à fait naturel que ces mêmes éléments chimiques aient produit des résultats biologiques semblables, c'est-à-dire la vie, ailleurs dans l'univers. »
Ce constat de la science moderne nous conduit à une vérité immense : si tout l'univers, du plus petit atome à l'étoile la plus colossale, est tissé de la même matière, alors imaginer que la vie se limite à ce petit point bleu sur lequel nous vivons est une grande erreur.
Mais ne voir dans la vie qu'une cellule à base de carbone, c'est ne lire qu'à moitié la langue des cieux. Rappelons la grande analogie tracée par la sagesse de l'Orient et par les sources anciennes. De deux voyageurs qui arrivent de l'extérieur dans un monde paré comme un palais, l'un contemple les ornements du palais et comprend la vie cachée derrière eux, son âme et son esprit ; l'autre se noie dans la seule matière, s'aveugle et prend tout pour des morceaux de pierre sans vie. En vérité, que ces cieux magnifiques et leurs constellations ne demeurent pas vides est une exigence de la réalité même. Alors que la terre est remplie de tant d'êtres doués de conscience, ces vastes palais célestes doivent eux aussi être peuplés d'habitants célestes conscients, créés de lumière, d'air, de son, voire d'électricité et de substances subtiles. Ils sont les véritables spectateurs contemplatifs de ce livre du cosmos.
Ceci est donc l'histoire d'une âme qui lit les ornements de ce palais, qui se cristallise de la matière vers le sens, et des pas qu'elle fait au cœur de l'intemporel.
La Nuit où le Ciel a Tremblé
Cette nuit-là, le ciel accueillait l'un des alignements les plus rares et les plus extrêmes de l'histoire de la terre. Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne : les cinq planètes connues des anciens, visibles à l'œil nu, se tenaient côte à côte, perçant le ciel nocturne telles des diamants.
Sur la terre se tenait un être conscient, las des limites du monde matériel, le cœur tendu de la physique vers la métaphysique. Ce n'était ni un extraterrestre ni un personnage de science-fiction ; c'était une âme éveillée en quête des chiffres du cosmos. Son compagnon rationaliste leva les yeux vers le ciel et sourit avec moquerie : « Regarde », dit-il, « il n'y a aucune vie dans ces amas de roche et de gaz à des millions de kilomètres. Rien qu'un silence aride... »
Mais notre voyageur éveillé restait silencieux. Car il ne regardait pas seulement ; il voyait. Soudain un tremblement profond, une expérience spirituelle, s'éveilla dans son cœur. Ce n'était pas la mort ; c'était le passage d'une âme qui se cristallise vers la dimension de l'intemporel, se dépouillant du poids du corps physique.
À cet instant précis, une chose inconcevable se produisit au centre du ciel. Dans les sources de l'Orient, le Soleil était comparé à un arbre lumineux, et les planètes à ses fruits mobiles, qu'il secoue sans cesse pour qu'ils ne tombent pas. Cette nuit-là, le Soleil, tel un chantre au centre d'une remémoration extatique, accomplit un frémissement profond et majestueux. Ce n'était pas une explosion destructrice, mais une étreinte pleine de tendresse.
Le plus fascinant est que ce frémissement, décrit il y a des siècles dans les textes anciens de l'Orient, a été confirmé par la science moderne, par la discipline de l'héliosismologie et par les découvertes de la sonde SOHO. Les vastes ondes acoustiques et les mouvements de plasma qui circulent sans cesse à l'intérieur du Soleil font trembler et frémir sa surface en permanence, telle la peau d'un tambour. En mesurant ces vibrations, les scientifiques ont cartographié les profondeurs invisibles du Soleil, tout comme un géologue lit l'intérieur de la terre à travers les ondes sismiques. Ces tremblements attirent les planètes vers le Soleil par les fils secrets de la gravitation, les alignent et préservent le rythme d'une danse céleste.
La Cristallisation de l'Âme et le Voyage Planétaire
Avec ce frémissement cosmique, l'âme du voyageur se glissa hors de la cage du corps et se mua en un flot de lumière scintillante. Elle était désormais au-delà du temps et de l'espace. Emportée par le rythme tendre du Soleil, elle partit pour un voyage céleste où elle contemplerait d'un œil serein les habitants subtils créés pour convenir à la nature de chaque planète.
Mercure. La première halte, la plus proche du feu du Soleil. Dure, patiente et rapide, telles les veines vertes et grises de la serpentine. Son âme y vit le rythme des êtres subtils créés pour convenir à cette haute pression et à cette chaleur.
Vénus. Sur cette planète éblouissante de beauté mais brûlante comme une fournaise, elle ressentit le vert profond et mystérieux de la chloromélanite. Elle saisit la différence entre les illusions derrière les nuages d'acide et la beauté véritable.
La Terre. En se retournant, elle vit sa propre demeure. C'était le berceau sacré, tournant dans l'éclat bleu profond de la turquoise, sur lequel la vie et la conscience respirent.
Mars. Son âme, plus légère encore, toucha les terres rougeoyantes, les tons audacieux et indomptés du jaspe rouge. Elle y lut le secret de la lutte et de l'existence.
Jupiter. Parvenue à l'atmosphère orageuse, elle fut enveloppée du reflet apaisant et profond de l'agate bleue. Même sous cette pression colossale, elle comprit son propre néant devant l'immensité de l'univers.
Saturne. Et enfin, jusqu'à la couronne du ciel avec ses anneaux, dans le violet mystique de la sugilite, elle atteignit le lieu où le temps s'écoule le plus lentement et le plus sagement. Une seule orbite de Saturne autour du Soleil dure vingt-neuf ans et demi ; c'était, pour ainsi dire, l'âge où une âme parvient à maturité.
Et ici se cache la froide vérité d'ingénierie derrière ce voyage spirituel : dans la Midnight Planétarium, chacune de ces six planètes tourne selon sa véritable période orbitale dans le ciel. Mercure accomplit son tour du Soleil en environ quatre-vingt-huit jours, Vénus en deux cent vingt-quatre, la Terre en un an, Mars en six cent quatre-vingt-sept jours. Pour Jupiter, ce tour prend près de douze ans, et pour Saturne vingt-neuf ans et demi entiers. Autrement dit, sur ce minuscule dôme à votre poignet, il faudrait attendre près d'un tiers d'une vie humaine pour voir une seule orbite de Saturne. Le voyageur contempla cette symphonie cosmique de vingt-neuf ans et demi en un seul instant, dans le miroir cristallisé de son âme. Il comprit qu'aucune de ces planètes n'était à la dérive ; toutes, derrière le grand Soleil au centre, étaient dans un acte universel d'adoration représentant la vaste glorification du cosmos.
La Signature du Cosmos Posée sur le Poignet
Après cette immense expérience spirituelle, l'âme du voyageur revint, les secrets de l'univers en poche, à son corps sur la terre. Mais comment transmettrait-elle ce qu'elle avait vu, cette expérience verticale du temps, au monde horizontal ? Comment raconterait-elle à l'humanité cette danse céleste, ce moment fortuné et sacré ?
C'est précisément ici qu'interviennent le génie et l'art de l'homme. Un horloger prit le voyage spirituel de ce voyageur et, du bout des doigts, l'insuffla dans un mécanisme. Le nom de cette œuvre fut la Van Cleef & Arpels Midnight Planétarium. Cette montre n'est pas un simple morceau de métal qui mesure le temps ; elle est le reflet, sous une forme micro-cosmique, de cette nuit où l'âme du voyageur s'est cristallisée, de cet éveil céleste.
Mais comment un tel ciel a-t-il été logé sur un poignet ? Présentée en 2014 au salon SIHH de Genève, cette montre est en vérité la rencontre de deux mondes : le génie poétique de Van Cleef & Arpels et l'ingénierie de l'horloger astronomique néerlandais Christiaan van der Klaauw. Sur un mouvement de base à remontage automatique fut posé un module planétaire conçu exclusivement pour la maison. Fruit de trois années de développement, ce seul module se compose de trois cent quatre-vingt-seize pièces distinctes.
Le fond profond et scintillant bleu nuit du cadran est en aventurine, donnant le sentiment que l'on contemple une véritable mer d'étoiles. L'heure est indiquée par une étoile filante en or rose. La poésie secrète de la maison, quant à elle, se cache dans le mécanisme du « jour de chance » : sur l'anneau calendaire qui entoure le cadran, vous alignez une petite étoile d'or, portée par le verre saphir et mue par la lunette tournante, avec un jour particulier de votre année. Quand ce jour arrive, la Terre en turquoise passe précisément sous cette étoile et vous murmure ce « jour de chance » qui n'appartient qu'à vous. Au dos de la montre se trouve un mécanisme calendaire portant les indications du jour, du jour et de la nuit et de l'année. Tout ce cosmos est logé dans un boîtier de quarante-quatre millimètres en or rose.
Chaque pierre précieuse que le maître a sertie dans le cadran, à savoir la serpentine, la chloromélanite, la turquoise, le jaspe, l'agate et la sugilite, est elle-même l'une des haltes que le voyageur a visitées en esprit cette nuit-là. Sous le cadran, tels les tremblements héliosismiques du Soleil, bat un cœur mécanique. Et cette petite étoile cachée sur le verre saphir est le sceau de ce moment sacré d'éveil, où l'âme ne fit plus qu'un avec l'univers et où la Terre vint sous l'étoile murmurer le « jour de chance ».
Les rouages centraux tournent, le Soleil attend au centre, et Saturne poursuit sa marche digne de vingt-neuf ans et demi. Celui qui attache la Midnight Planétarium à son poignet ne regarde pas simplement une montre ; avec cet œil qui, comme le disent les sources anciennes, voit l'âme du palais, il contemple le poème immense, vivant et chiffré au cœur de l'univers.