Automne 1707. Une grande flotte britannique, de retour de la Méditerranée, faisait route vers l'Angleterre depuis des jours à travers un brouillard épais et un temps déchaîné. À sa tête se trouvait l'amiral Sir Cloudesley Shovell, l'un des marins les plus respectés de son temps. Mais il n'y avait ni soleil dans le ciel pour prendre une hauteur, ni une seule étoile la nuit. Cette immense armada de près de vingt navires ne savait, en vérité, depuis des jours plus exactement où elle se trouvait.
Dans la nuit du 22 octobre, les navigateurs se réunirent dans la cabine du vaisseau amiral, l'Association. Chacun calcula séparément la position de la flotte ; et presque tous déclarèrent qu'ils étaient en sûreté en pleine mer, près de l'entrée de la Manche. La légende veut qu'un seul simple matelot ait osé crier qu'ils s'approchaient dangereusement des rochers ; mais qu'un homme du rang contredise le calcul des amiraux était impensable en ce temps-là. Or c'est toute une marine qui se trompait cette nuit-là. Ils connaissaient leur latitude ; mais leur longitude, leur position est-ouest, nul ne pouvait la connaître avec certitude.
Dans l'obscurité, ils avaient dérivé de plusieurs kilomètres par rapport à l'endroit où ils se croyaient. Devant eux s'étendait non pas la haute mer, mais les impitoyables Rochers de l'Ouest des îles Scilly. Vers minuit, le vaisseau amiral Association heurta les rochers à pleine voile et sombra en moins de quatre minutes ; de son équipage de près de huit cents hommes, pas un ne survécut. Puis l'Eagle, puis le Romney, puis le Firebrand se brisèrent. En quelques heures, quatre navires de guerre furent réduits en pièces, et en cette seule nuit quelque deux mille marins furent engloutis par l'Atlantique glacé.
La légende dit que l'amiral Shovell fut rejeté vivant sur le sable de la crique de Porthellick ; mais qu'il fut tué par une femme pour la bague d'émeraude à son doigt. Pourtant, le véritable meurtrier de cette nuit ne fut ni la tempête ni les rochers. Ce qui engloutit toute une marine fut un nombre invisible que nul ne savait calculer. La plus ancienne et la plus mortelle énigme de la mer écrivit son nom dans le sang sur les rochers des Scilly cette nuit-là : où sommes-nous ?
La Question la Plus Mortelle de la Mer : la Longitude
Pendant des siècles, les marins pouvaient aisément trouver la latitude, leur position nord-sud ; mesurer la hauteur du soleil à midi ou l'étoile polaire suffisait. Mais la longitude, la position est-ouest, était l'énigme la plus mortelle de la navigation. Car la longitude est en vérité une question de temps : la Terre tourne d'exactement quinze degrés en une heure. Si vous portez à bord une montre qui garde parfaitement l'heure du port que vous avez quitté, vous la comparez au midi local du navire et calculez votre longitude à partir de la différence. Le problème était celui-ci : les horloges à pendule de l'époque déviaient sous le roulis du navire, la morsure du sel, l'humidité et les écarts de température.
Ce qui fut englouti sur les rochers des Scilly cette nuit-là était, en vérité, cette énigme même : la longitude. Cette catastrophe poussa la Grande-Bretagne, en 1714, à proclamer l'un des plus grands prix scientifiques de l'histoire, le Prix de la Longitude ; une fortune fut promise à qui saurait déterminer de façon fiable une position en mer. Et lorsque le charpentier John Harrison résolut enfin le problème avec le chronomètre de marine auquel il avait consacré sa vie, l'humanité avait dompté l'océan. Dès ce jour, le bien le plus précieux d'un navire n'était ni ses canons ni sa cargaison ; c'était le chronomètre dans cette boîte de feutre, car il était la vie même de l'équipage.
Le Maître Horloger de la Mer : Ulysse Nardin
Et le plus grand maître de ces chronomètres de marine fut Ulysse Nardin, fondée en 1846 au Locle. La maison fournit des chronomètres à plus de cinquante marines du monde ; aux exigeants concours de précision de l'Observatoire de Neuchâtel, elle rassembla plus de prix que la somme de ses rivaux. Ainsi la collection Marine de la marque n'est pas un thème ornemental, mais son sang même. La Marine Corsair est la dernière œuvre à couronner cet héritage : une histoire de corsaire forgée dans le platine massif, achevant la trilogie Marine de la marque, réalisée en trente exemplaires seulement au monde et proposée à plus de trois cent quatre-vingt mille francs suisses.
Un Pont sous le Verre
Quand vous regardez la montre, vous remarquez que le cadran n'est pas de la peinture, mais du vrai bois. C'est une marqueterie de chêne, posée à la main. Le maître fend le chêne en lamelles fines comme du papier ; il choisit chaque pièce une à une pour la direction et le ton de sa veine, la découpe et la pose côte à côte comme les planches du pont d'un vieux navire, les réunissant toutes sur une seule surface. Le but n'est pas un éclat parfait ; au contraire, c'est la texture vécue et patinée d'un pont vieilli par le sel et le soleil.
Sur le cadran, sur une plaque portant une ancre, figure une date telle un pavillon de navire : 1846. L'échelle qui entoure le bord droit indique la réserve de marche ; telle une sonde de navire, elle lit, degré par degré, combien d'énergie il reste dans le mouvement. Et sous tout ce pont, dans la profondeur du verre, bat un cœur.
Un Cœur qui Tourne contre la Gravité
Ce cœur est un tourbillon volant. Le tourbillon fut inventé en 1801 par le grand maître Abraham-Louis Breguet ; l'idée était simple mais géniale. L'échappement et le balancier, la partie la plus délicate de la montre, sont affectés par la gravité lorsqu'ils sont maintenus dans une position fixe, tantôt accélérant la montre, tantôt la ralentissant. Breguet plaça cet ensemble dans une cage tournant sans cesse ; à mesure que la cage tourne, l'effet de la gravité dans toutes les positions est moyenné et annulé. En somme, le tourbillon est une manière de vaincre la gravité.
Dans une montre marine, la signification en est profonde. Toute la raison d'être du chronomètre de marine était de garder l'heure juste malgré le roulis incessant du navire ; et le tourbillon fait exactement cela, disant le vrai contre la ruse du mouvement et de la gravité. On le dit volant parce qu'aucun pont ne retient sa cage par le haut ; la cage n'est portée que par le bas, elle semble donc flotter dans le vide, et c'est l'une des prouesses les plus exigeantes de l'horlogerie. Ulysse Nardin a posé sur cette cage tournante le fameux pavillon du corsaire : une tête de mort sur fond bleu. Au cœur même de la montre, un Jolly Roger qui tourne en silence.
Un Monde de Six Cent Soixante-Quatorze Pièces
Tout cela est animé par le calibre UN-632 à remontage manuel. Ce mouvement de trente-sept millimètres est composé de six cent soixante-quatorze pièces distinctes et de cinquante-huit rubis ; il bat à vingt et un mille six cents vibrations par heure et possède une réserve de marche de quarante-huit heures. Avec ses ponts squelettés, ses rubis violets et ses arêtes terminées à la main, polies comme des miroirs, le dos de la montre est un régal pour l'œil autant que sa face ; chaque rouage est comme un engrenage de cette barre invisible sous la mer.
Et le boîtier qui enveloppe tout cet univers est fait de quarante-quatre millimètres de platine massif. Le platine est le plus lourd et l'un des plus rares des métaux précieux ; il est bien plus difficile à travailler que l'or, et le poids dense qu'il donne au poignet est une sensation à part. Porter ce poids, c'est porter une cargaison précieuse, tel le trésor dans la cale d'un vieux navire. Et de ce trésor, il n'existe que trente exemplaires au monde.
La Liberté au Sein de l'Ordre
Jadis, un chronomètre sauvait la vie de tout un équipage ; sans lui, le navire perdait son chemin et les hommes se noyaient. Aujourd'hui, cette précision vitale n'est plus une nécessité mais un hommage : un salut à cet âge héroïque où l'océan fut dompté, et à ce cœur de laiton dans sa boîte de feutre. La Marine Corsair porte tout cet héritage à votre poignet.
Le corsaire a toujours vécu entre deux mondes : entre la loi et la liberté, entre l'étoile polaire fixe et la mer sans limites. Le tourbillon, tournant librement dans sa cage mais ne perdant jamais une seconde, en est l'image même : un ordre parfait au sein d'un mouvement qui semble sans bornes. Un pont, une boussole et un pavillon ; le tout sous un seul dôme de verre, portant la mémoire de la mer, aux poignets de trente personnes seulement.