Commençons par un jeu simple. Écrivez deux nombres, zéro et un ; puis trouvez chaque nouveau nombre en additionnant les deux précédents. Vous obtenez cette suite : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89... C'est la fameuse suite que Leonardo Fibonacci introduisit en Occident au treizième siècle. Et voici la magie : divisez n'importe quel nombre de cette suite par celui qui le précède, et le résultat s'approche toujours du même rapport mystérieux, environ 1,618. On l'appelle le nombre d'or, noté par la lettre phi.
Mettez-vous à dessiner ce rapport avec des carrés et des quarts de cercle, et la fameuse spirale d'or, toujours plus large, apparaît. Venons-en maintenant au plus étonnant : cette spirale n'est pas une invention humaine ; elle est déjà là, partout dans l'univers. La coquille d'un escargot de mer, le nautile, est exactement cette spirale d'or. Les graines au cœur d'un tournesol sont disposées en spirales, l'une tournant à gauche et l'autre à droite, en exactement 34 et 55, deux nombres de Fibonacci consécutifs, car c'est la seule façon de tasser les graines au plus dense. Les écailles d'une pomme de pin, la peau d'un ananas, les pétales d'une marguerite, les volutes du chou romanesco, la ramification d'un arbre ; tous murmurent les mêmes nombres. Et montez à la plus grande échelle : les galaxies spirales, les ouragans. Une galaxie dans le ciel et un coquillage dans votre main sont dessinés par la même mathématique.
Et l'être humain ? L'homme non plus n'échappe pas à cette mesure. Divisez votre taille au nombril et le rapport approche phi ; chaque os de votre doigt est environ 1,618 fois le précédent ; le petit escargot de l'oreille interne, et même un seul tour de l'hélice d'ADN qui porte le code de la vie, obéissent à ce rapport. De l'atome à la galaxie, de la fleur à l'homme, la même mesure se répète sans cesse. Et passé un certain point, on ne peut s'empêcher de se demander : qui a soufflé la même proportion à un coquillage, à un tournesol et à une galaxie lointaine ? C'est un ordre bien trop insistant pour être laissé au hasard ; il repose sur toute chose telle une signature silencieuse, posée avec douceur, qui ne se révèle qu'à celui qui apprend à lire. Et remarquer cette signature, c'est être appelé à une contemplation qui commence là où les mots s'arrêtent.
Un horloger a passé toute sa vie en admiration devant cette proportion. Et un jour, il décida de prendre cette spirale, présente partout dans l'univers, et de la graver sur une petite montre de poche. Le nom de cette œuvre est la Parmigiani La Rose Carrée.
Un Cœur qui a Dormi Cent Ans
Les racines de l'histoire remontent loin, au tournant du vingtième siècle. En ces années-là, le légendaire maître des complications Louis-Élisée Piguet construisit un extraordinaire mouvement de montre de poche doté d'une grande sonnerie et d'une répétition minutes. Des années plus tard, un restaurateur encore jeune du nom de Michel Parmigiani trouva ce mouvement et l'acheta ; mais il ne le restaura pas. Pendant plus de vingt ans, il attendit dans un tiroir, tel un cœur endormi.
En 2021, pour le vingt-cinquième anniversaire de Parmigiani Fleurier, le temps vint de réveiller ce cœur endormi. En douze mois seulement, la maison restaura ce mouvement ancien et lui donna un corps tout neuf. La grande sonnerie, telle une cloche de cathédrale, sonne d'elle-même les heures et les quarts qui passent, sans que vous fassiez quoi que ce soit ; la répétition minutes, d'une pression sur un verrou, égrène les minutes une à une. Et combien de mains fallut-il pour réunir cette mathématique millénaire et ce cœur centenaire ? Neuf. Parmigiani les appelle Les Mains d'Or.
La Main qui a Dessiné la Vision : Anne-Marie Moser
Tout commença par un dessin. La designer Anne-Marie Moser prit la spirale d'or, la passion de Michel Parmigiani, et la transforma en un motif qui parle la langue d'un cadran : une rose posée sur une grille carrée mais qui s'ouvre avec la courbe de la spirale d'or. C'est la Rose Carrée qui donne son nom à la montre. L'équilibre du bleu et du noir, des lignes et des vides placés selon le nombre d'or, tout est d'abord sorti de son crayon. Ce que le papier de l'architecte est avant qu'un bâtiment ne s'élève, le dessin de Moser le fut pour cette œuvre.
Ceux qui ont Réveillé le Dormeur : Francis Rossignol et Christie Girel
Ramener à la vie un mouvement centenaire fut le travail des restaurateurs Francis Rossignol et Christie Girel. C'est comme un chirurgien qui relance un cœur arrêté : chaque rouage fut démonté et nettoyé, les pièces usées refaites dans une fidélité exacte aux originaux, les timbres réaccordés. Rappelons que la restauration est le code génétique de Parmigiani ; Michel Parmigiani a commencé ce métier comme restaurateur. Un cœur qui s'était arrêté il y a cent ans se remit, entre leurs mains, à battre.
La Main qui a Gravé la Spirale dans le Métal : Eddy Jaquet
Vint ensuite la tâche de porter la Rose Carrée de Moser dans le métal ; c'est l'œuvre du graveur Eddy Jaquet. Avec le burin d'acier, Jaquet grava ce motif de spirale d'or non seulement sur le boîtier, mais sur toute la platine et les ponts du mouvement. Ainsi le motif, tout comme dans la nature, se répète à chaque échelle : dehors, sur le couvercle ; dedans, parmi les rouages. Dessiner la spirale de l'univers à l'échelle d'un ongle, à la main, trait après trait ; telle est la patience de Jaquet.
Le Maître des Arêtes Invisibles : Bernard Muller
Nous voici à un art qu'aucun œil nu ne remarquera mais que tout connaisseur ressentira aussitôt : l'anglage. L'angleur Bernard Muller a chanfreiné à quarante-cinq degrés l'arête de chaque pont du mouvement et l'a polie à la main jusqu'à ce qu'elle brille comme un miroir. Voyez-le comme un joaillier facettant une pierre ; sauf qu'ici ce qui est facetté est l'architecture intérieure invisible de la montre. La lumière court le long de ces arêtes chanfreinées. Surtout, les angles rentrants aigus, ces angles qu'aucune machine ne peut tailler et que seule la patience de la main humaine peut ouvrir, sont le sceau infaillible du vrai travail à la main.
La Main qui Peint avec le Feu : Vanessa Lecci
Celle qui donna aux couvercles ce bleu profond fut l'émailleuse Vanessa Lecci. La technique employée était le grand feu : du verre coloré en poudre est déposé sur la surface gravée et cuit au four à plus de huit cents degrés, se muant en une couche lustrée et lumineuse. Lecci répéta ce geste trois ou quatre fois. La difficulté résidait ici : alors qu'un cadran ordinaire fait environ trente millimètres, cette surface approchait les soixante ; et plus la surface est grande, plus le risque de fissures et de bulles augmente. Michel Parmigiani explique la raison de ce bleu : c'est la couleur d'une étendue d'eau vue du ciel. Un bleu de ciel, donc, né du feu.
Le Dernier Chaîniste : Laurent Jolliet
Une montre de poche s'achève par sa chaîne. Mais aujourd'hui, en Suisse, presque un seul maître sait encore tresser ces chaînes à la manière traditionnelle : Laurent Jolliet. Pour cette montre, Jolliet a forgé à la main une chaîne de trente-deux maillons carrés exactement ; deux des maillons portent des carrés gravés, et un le logo Parmigiani. Chaque maillon fut plié, soudé et limé un à un. Une chaîne est, en vérité, une phrase écrite dans le métal, chaque maillon un mot. Et les mains de Jolliet sont parmi les dernières à savoir écrire cette phrase ; cette chaîne est donc aussi le témoignage d'un métier qui s'éteint.
Le Corps et le Visage : Les Artisans Boîtier et LM Cadrans
Le corps qui allait abriter tous ces arts, le boîtier savonnette de soixante-quatre millimètres en or blanc 18 carats, fut réalisé par l'atelier Les Artisans Boîtier ; avec ses deux couvercles, une architecture qui à la fois protège et porte sur elle la Rose Carrée bleue. Le visage de la montre fut signé par LM Cadrans : un cadran taillé dans un seul bloc d'onyx noir. L'onyx se taille non dans le verre, mais dans une pierre dure ; et son noir profond, nocturne, devient un ciel de nuit sous les aiguilles delta en or blanc des heures et des minutes.
Le même nombre qui dessine un coquillage, un tournesol, une galaxie lointaine et votre propre main tourne désormais, spirale après spirale, entre les mains de neuf maîtres, sur une seule montre de poche. La Rose Carrée est unique au monde ; elle n'a pas d'égale, et n'en aura jamais.
Mais sa véritable beauté est peut-être celle-ci : cette montre est un pont bâti entre la mathématique silencieuse gravée depuis longtemps dans la nature et la patience de la main humaine. Quand vous la portez dans votre poche, vous portez une œuvre qui partage sa proportion avec un tournesol, une coquille et vos propres doigts. Certaine beauté se voit avec l'œil ; cette montre, elle, laisse en silence à votre propre contemplation la mesure qui se tient derrière le visible, et la question de savoir qui l'y a déposée.