Dans la pièce sombre d'un monastère de montagne, un vieux maître de l'encre gisait sur son lit de mort. Son jeune élève brûlait de voir l'unique tableau que son maître avait poursuivi toute sa vie : le dragon. Mais lorsqu'il ouvrit le coffre, il resta stupéfait. Il y avait des dizaines de parchemins ; sur tous, seulement des nuages. Des nuages qui s'enroulent, tourbillonnent, se dissolvent. Mais pas un seul dragon.
« Pourquoi, maître ? » demanda-t-il d'une voix tremblante. « Toute une vie à dessiner des dragons, et il n'y a pas de dragon. » Le vieil homme sourit. « Nul n'a jamais vu le dragon, mon enfant. Car il existe non pour être vu, mais pour être pressenti. Dessine le nuage ; dessine sa boucle, sa vitesse, son ombre. Le dragon apparaîtra derrière ce nuage, dans le cœur de celui qui regarde. La façon la plus puissante de dire une chose, c'est de peindre non la chose, mais la trace qu'elle laisse. »
Des siècles plus tard, la même sagesse renaquit sur un cadran, à Genève. La Louis Vuitton Escale Cabinet of Wonders Dragon's Cloud. Les maîtres n'ont pas, en vérité, fait un dragon ; ils ont fait un nuage. Et le dragon a surgi de lui-même des boucles dorées de ce nuage.
Lire l'Invisible
Le dragon de la légende japonaise n'est pas le monstre ailé et cracheur de feu de l'Occident. Il est l'esprit invisible de l'eau et du nuage ; on ne peut jamais le voir directement, seulement ses traces : le nuage qui s'amasse, la pluie qui vient, l'anneau d'une goutte tombant sur un étang, la brume adossée au flanc de la montagne. Le dragon est là, mais toujours derrière un voile.
Et voici ce qui est digne de contemplation. En vérité, nous passons toute notre vie à la poursuite de ce dragon ; de la grande cause derrière toute chose, du sens caché. Mais ce que nous saisissons, c'est toujours le nuage : les traces, les signes, les indices. Le sage ne s'épuise pas à vouloir saisir le dragon de force ; il apprend à lire le nuage. Car l'invisible n'est connu que par la trace qu'il laisse.
Songez-y : nous n'avons jamais vu le temps non plus. Nous n'avons pu ni saisir son cours ni toucher sa couleur ; nous ne connaissons que son nuage : le jaunissement des feuilles, le blanchiment des cheveux, la marche silencieuse de l'aiguille. Cette montre, elle aussi, vous offre non pas le dragon, mais son nuage. Et peut-être le véritable art est-il de savoir non pas regarder, mais voir.
Le Dragon d'un Cabinet de Curiosités
Cette pièce fait partie de la trilogie Escale Cabinet of Wonders de Louis Vuitton ; elle s'inspire de la collection de tsubas japonais anciens, les gardes des sabres, rassemblée par Gaston-Louis Vuitton, petit-fils du fondateur, et de sa passion pour le Japon. Dragon's Cloud est l'une de ces trois montres, et vingt exemplaires seulement ont été réalisés. Son boîtier de quarante millimètres est en or rose 18 carats ; autour de lui s'enroulent les fameuses vagues Seigaiha de l'iconographie japonaise.
La Main qui Coud l'Or dans le Métal : Fanny Queloz et la Damasquinerie
Celle qui a donné vie à cette mer de nuages dorés sur le cadran est Fanny Queloz, l'une des dernières maîtres de cet artisanat rare. La technique qu'elle emploie s'appelle la damasquinerie : l'incrustation de fils d'or jaune et d'or rose dans une base de métal martelée à la main.
Une analogie le dit le mieux : la damasquinerie, c'est comme tatouer l'or dans la peau du métal. La maître martèle d'abord la base des milliers de fois et fait surgir un champ de minuscules épines invisibles à l'œil, un fourré rugueux et caché. Puis elle pose un fil d'or tendre sur ce champ et presse. L'or s'accroche à ces épines invisibles et y demeure, sans colle ni soudure, retenu par sa seule prise. Ainsi le nuage doré que vous admirez repose entièrement sur un labeur invisible et patient. Tout comme le dragon repose sur son nuage ; tout comme toute splendeur visible est bâtie sur un effort invisible. Deux ors différents, le jaune et le rose, donnent au nuage deux lumières distinctes et une profondeur véritable.
La Perle que l'on Poursuit
Le dragon s'enroule parmi ces nuages dorés ; la gravure faite main et l'émail lui donnent vie, et les Monogram Flowers travaillées dans le fond doré transforment l'arrière-plan en jardin. Son œil est un minuscule cabochon de rubis. Et au cœur de toute la scène luit une sphère de cornaline rouge : cette légendaire boule de flamme que le dragon poursuit, la perle de la sagesse.
Car selon la légende, le dragon poursuit cette perle pour l'éternité, sans jamais pouvoir tout à fait la saisir. Tout comme nous poursuivons le sens, et la vérité. Cette sphère rouge n'est pas qu'une pierre ; elle est la vérité même que nous aspirons à atteindre, mais qui se tient toujours un pas plus loin. Le dragon tourne autour d'elle ; nous tournons autour du temps.
Le Cœur sous le Nuage
Ce qui tient tout cet art ensemble, c'est l'atelier de haute horlogerie genevois La Fabrique du Temps Louis Vuitton. La logique y est une double approche : réunir à la même table la force d'ingénierie propre de la Maison et le génie d'artistes indépendants tels que Fanny Queloz. Sous toute cette splendeur visible, le calibre LFT023 automatique bat d'un micro-rotor silencieux, à quatre hertz et avec une réserve de marche de cinquante heures. Le cadran est si plein que le cœur, modestement, n'indique que les heures et les minutes ; car ce qui est raconté ici, c'est moins le temps lui-même que son nuage.
Regarder et Voir
Comme le disait ce vieux maître de l'encre, peut-être ne verrons-nous jamais le dragon. Mais le marteau de Fanny Queloz a tissé le nuage d'or si finement que quiconque regarde ce nuage avec attention pressentira, dans son propre cœur, le dragon derrière lui. Dragon's Cloud est moins une montre portée au poignet qu'un objet de contemplation portatif.
Vingt personnes seulement au monde porteront ce nuage à leur poignet. Et il est à espérer qu'à chaque regard, elles se souviendront non seulement de l'heure, mais aussi que derrière tout ce qui se voit, il y a quelque chose qui ne se voit pas.