Au coeur du Japon, dans les forêts de Shinshu au pied des Alpes japonaises du Nord, il est une cascade qui coule sans répit depuis des siècles : Tateshina. Au sein d'une forêt primaire, l'eau jaillit des rochers et de la terre ; elle ne s'arrête ni ne se lasse ; elle coule, simplement. Pour qui la contemple assez longtemps, la scène finit par changer : ce qui coule n'est plus l'eau, mais le temps lui-même. Un temps qui passe, et pourtant ne s'épuise jamais.
Ainsi, dans un atelier silencieux de Shiojiri, l'équipe du Micro Artist Studio de Grand Seiko, des artisans que l'on compte sur les doigts d'une main, s'est lancée dans l'impossible : capturer ce flux éternel sur un disque de platine de quarante millimètres. Le résultat n'est pas une simple montre ; c'est une cascade qui paraît figée et pourtant coule sans cesse : la Grand Seiko Masterpiece SBGZ011.
Une cascade portée au poignet
La SBGZ011 porte le légendaire design 44GS de Grand Seiko, datant de 1967 : un boîtier en Platine 950 défini par des surfaces planes et des arêtes vives, de quarante millimètres de diamètre mais de seulement 9,6 millimètres d'épaisseur. Mais ce qui en fait un chef-d'oeuvre, c'est le paysage à l'intérieur et sur ce boîtier. Le cadran comme le boîtier sont gravés à la main de bout en bout. D'innombrables lignes coulant dans des directions différentes, se mêlant et se séparant de nouveau, dépeignent le mouvement d'une source jaillissant de sous la terre. Les index et les aiguilles taillés en diamant, en or blanc 14 carats, sont comme les éclats de lumière tombant sur cette eau qui coule.
Inclinez doucement le cadran et l'eau se meut véritablement : les lignes captent la lumière, la libèrent, puis la captent encore. C'est une eau dessinée non à la peinture, mais à la lumière.
La main qui grave la lumière : l'art de la gravure
Comment donc cette eau « coule »-t-elle ? La réponse tient en des mois de patience et dans le minuscule burin d'acier (tagane) au creux de la main d'un maître. Le graveur du Micro Artist Studio taille des milliers de lignes dans la surface de platine, une à une, à la main. La profondeur et l'angle de chaque ligne doivent s'accorder à la précédente ; car ce sont ces lignes, coulant dans des directions différentes et se rejoignant en un point, qui créent la sensation d'une eau en mouvement. La lumière frappe chacune de ces rainures multidirectionnelles sous un angle différent ; c'est là le secret qui fait paraître le cadran « couler » lorsqu'on l'incline.
On pourrait comparer cela à dessiner une rivière avec des milliers de petits coups de ciseau ; chaque trait, telle une ondulation à la surface, reflète la lumière différemment. Si la main du maître tremble un instant, si une seule ligne s'égare, le platine travaillé pendant des mois est perdu. Et l'eau ne s'arrête pas au bord du cadran ; la gravure déborde sur les flancs du boîtier, jusqu'aux cornes. Ainsi la cascade déborde vraiment du cadran et ruisselle le long du corps de la montre.
La seconde qui coule : le secret du Spring Drive
Au coeur de cette montre qui raconte une cascade bat un mouvement que l'on ne trouve dans aucune autre marque au monde : le Spring Drive. Et un seul détail le rend parfait pour cette montre : l'aiguille des secondes n'avance pas par à-coups ; elle glisse, sans cesse, exactement comme l'eau qui coule. Ce « mouvement de glisse » (glide motion) est un prodige qui rend le flux du temps visible à l'oeil.
Comment fonctionne-t-il ? L'âme du Spring Drive est entièrement mécanique : comme une montre classique, il tire sa puissance d'un ressort de barillet remonté à la main ; il n'y a pas de pile. Mais l'échappement mécanique qui « tic-tac » d'une montre classique est ici absent. À sa place, une « roue de glisse » (glide wheel) entraînée par le ressort tourne exactement huit fois par seconde. En tournant, telle une petite roue de moulin entraînée par une rivière, cette roue génère un très faible courant électrique. Un cristal de quartz, vibrant 32 768 fois par seconde, sert de métronome parfait. Le circuit intégré (IC) compare la vitesse réelle de la roue à ce métronome, et si la roue accélère tant soit peu, il applique un frein électromagnétique invisible pour la maintenir à la vitesse exacte.
Puissance mécanique, électricité et frein électromagnétique : le système qui gouverne ces trois énergies à la fois s'appelle le Tri-Synchro Regulator. Comme il n'y a pas d'échappement qui bat, il n'y a ni saut ni pause ; l'aiguille des secondes coule sans interruption, tout comme l'eau de Tateshina. Et le résultat est d'une précision presque troublante : seulement ±15 secondes par mois, c'est-à-dire moins d'une seconde par jour.
Un souffle de 84 heures : le calibre 9R02
Le calibre 9R02 qui anime la SBGZ011 est l'expression la plus élégante de cette technologie. Avec seulement 4,0 millimètres d'épaisseur, c'est le mouvement Spring Drive le plus fin de Grand Seiko, et il ne se remonte qu'à la main ; de sorte que chaque matin, en tournant la couronne, vous partagez un petit cérémonial avec votre montre. À l'intérieur, deux ressorts de barillet distincts (un Dual Spring Barrel) travaillent en série ; cela procure une puissance à la fois plus durable et plus régulière. À cela s'ajoute le Torque Return System : plutôt que de gaspiller l'énergie excédentaire qui apparaît lorsque le ressort est pleinement remonté, il en récupère environ trente pour cent.
On pourrait comparer cela à une roue de moulin qui redirige son trop-plein vers le bassin au lieu de le laisser se perdre. Le résultat est une réserve de marche de 84 heures pleines ; ainsi, si vous retirez la montre le vendredi soir, elle coule encore le lundi matin. Sur le barillet qui abrite le ressort est gravé un motif de campanule (kikyō) en hommage à Shiojiri ; la technologie et la nature se rejoignent sur un seul et même disque.
Le miroir sans défaut : le polissage Zaratsu
En regardant les arêtes vives du 44GS de cette montre, on se demande comment les surfaces peuvent être si nettes, les miroirs si profonds. La réponse est l'une des techniques les plus légendaires de l'horlogerie japonaise : le polissage Zaratsu. Il s'agit d'un poli miroir « sans distorsion » obtenu en pressant le boîtier à la main contre un disque d'étain en rotation. Il n'y a ni gabarit ni guide ; le maître tient chaque facette du boîtier contre le disque exactement au bon angle, entièrement au toucher de sa main.
Et c'est là que réside la difficulté : si l'angle dévie d'une fraction de degré, ou bien l'arête vive s'arrondit, ou bien la surface miroir se déforme. C'est pourquoi seuls quelques maîtres, formés pendant des décennies et souvent depuis plus de quarante ans, sont jugés dignes de cette tâche. La surface qui en résulte est si pure qu'elle reflète, sans la moindre distorsion, tel un verre noir. C'est comme un forgeron aiguisant une lame ; ou comme repasser un miroir parfaitement plat au seul toucher. Sur la SBGZ011, ces surfaces Zaratsu semblables à des miroirs côtoient des surfaces brossées (hairline) fines comme un cheveu ; la lumière glisse sur les arêtes vives tout comme le soleil sur l'eau, passant de l'ombre à la lumière.
Une éternité pour cinquante
Grand Seiko ne confie cette cascade qu'à 50 personnes dans le monde. Avec son boîtier en Platine 950, sa valeur de 86 000 euros et une rareté que l'on ne trouve que dans les boutiques Grand Seiko, la SBGZ011 n'est pas un instrument, mais un objet de contemplation. Elle est livrée avec deux bracelets : un crocodile glacé et un cuir de Kyoto aux reflets métalliques.
Peut-être ce que cette montre nous dit vraiment est ceci : le temps n'est pas une notion qui s'égrène ; c'est une eau qui coule sans cesse, et pourtant ne s'épuise jamais. À votre poignet, vous portez une cascade gravée pendant des mois, une aiguille des secondes qui coule sans jamais s'arrêter, et la maîtrise des siècles. Et cette eau, tant que vous la regardez, continue de couler pour toujours.