La légère brume qui montait de la vallée de l’Alzette grimpait, aux premières heures du matin, sur les remparts couverts de lierre du rocher du Bock. En marchant dans le Luxembourg paisible, tranquille et charmant d’aujourd’hui, il est difficile d’imaginer que le sol sous vos pieds a vu, au fil des siècles, les ambitions démesurées, les amours tragiques et les guerres sanglantes qui ont dessiné le destin de l’Europe.
Remontons dans les profondeurs du temps, jusqu’en 963.
Dans le vent d’hiver glacial descendu des forêts épaisses des Ardennes, on entend l’écho des lourdes bottes cuirassées du comte Sigefroi sur le gravier. Sigefroi se tient au sommet de cet énorme rocher à pic, là où se croisent les vallées de l’Alzette et de la Pétrusse, et regarde en bas. Dans ses yeux il n’y a pas seulement la conquête d’une terre mais un génie géopolitique. « Cet endroit, murmure-t-il au vent, est le cœur même de l’Europe. L’enclume où les royaumes ne trouvent pas de passage, où l’est et l’ouest se heurtent. »
Ce jour-là, par un échange avec l’abbaye Saint-Maximin de Trèves, Sigefroi prend possession de ce rocher escarpé et, posant les premières pierres l’une sur l’autre, bâtit son petit château, le Lucilinburhuc. Les légendes murmurent que pour ce château et pour son épouse Mélusine, la plus belle des belles, il conclut un pacte avec les forces mystérieuses du rocher ; et que chaque samedi Mélusine se changeait en sirène dans les eaux fraîches de l’Alzette et bénissait en secret les forteresses de la ville. Sigefroi a mêlé l’amour et l’ambition sur le même rocher.
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Hasan Bekmezci
Le Gibraltar du Nord : les boulets qui résonnent sur les murs
Avec le temps, le petit château de pierre de Sigefroi devient une bête énorme qui aiguise l’appétit des empires. Le dessous du rocher est creusé avec une ingénierie militaire millimétrique ; des tunnels longs de plusieurs kilomètres, les casemates, ainsi que des magasins à poudre et des passages secrets sont construits.
Pendant des siècles, l’odeur de la poudre ne quitte jamais ces rochers. Les tercios espagnols marchent la nuit au pied des murs en frappant leurs boucliers l’un contre l’autre. Vauban, le légendaire architecte militaire de Louis XIV, rebâtit les remparts au prix du sang de milliers de soldats pour faire du rocher une forteresse en étoile imprenable. Les canons autrichiens changent le jour en nuit dans les fumées qui montent de la vallée. La garnison prussienne veille dans les tunnels en écoutant le sifflement de mort que porte le vent.
Le vent qui déferle sur les murs porte l’écho des tours abattues à chaque siège et des cris noyés dans la vallée. Grâce à son canyon naturel et à ses rochers évidés, la ville devient si infranchissable que la diplomatie européenne lui accorde un titre : le Gibraltar du Nord. Qui prendra cet endroit tiendra la clé de l’Europe.
L’emblème du Lion rouge et une couronne impériale
Au milieu du XIIIe siècle, le comte Henri V regarde les remparts et prend sa décision, pour sceller sa posture de défi. Il n’est plus un seigneur ordinaire. Il choisit un Lion rouge imposant, le Roude Léiw, dressé sur un écu burelé d’argent et d’azur, à la double queue, portant une couronne d’or sur la tête et levant ses griffes vers le ciel.
Pourquoi deux queues ? Parce qu’une seule queue figure une puissance ordinaire, tandis que la paire fourchue représente la résistance doublée du duché et de son indépendance, deux puissances distinctes qui ne plieront jamais. Ce lion est un garde d’acier qui protège les murs.
L’ambition de la maison de Luxembourg dépasse les rochers. En 1312, à l’ombre des épées, un grand couronnement a lieu à Rome. Henri VII, comte de Luxembourg, monte sur le trône du Saint-Empire romain germanique. Une volonté sortie d’une petite forteresse de rocher s’est changée en une couronne impériale immense qui gouverne l’Allemagne, la Bohême et l’Italie.
Et pourtant ces victoires glorieuses, ces couronnes impériales et ces conquêtes étalées sur des siècles enseignent à l’humanité une vérité amère : la guerre est une illusion tragique qui détruit le temps et engloutit les générations.
Avec le traité de Londres de 1867, le peuple luxembourgeois prend une décision légendaire. Ces remparts immenses, pour lesquels le sang avait coulé pendant des siècles, sont abattus de ses propres mains, des tonnes de poudre sont sorties des tunnels, et la ville proclame sa neutralité perpétuelle. Les forteresses de pierre ont été démolies, mais à leur place une paix inébranlable a été bâtie.
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Hasan Bekmezci
Le Lion rouge au-dessus du temps : la Navitimer B01 Luxembourg
Parmi les vestiges des remparts du Bock, en écoutant le vent de ces vieux tunnels, Breitling, l’un des noms les plus emblématiques de l’histoire horlogère, présente un garde-temps qui rend hommage à cette transformation historique du Luxembourg : la Navitimer B01 Chronograph 43 « Luxembourg Special Edition ».
Annoncée le 17 juillet 2026, la série est limitée à 100 exemplaires et chacun porte son propre numéro au fond de boîte. Sa vente est liée à une seule adresse : la boutique Breitling de l’avenue de la Porte-Neuve, au centre de Luxembourg-ville. Le prix est de 9 520 euros, et le jour de l’annonce une quarantaine des exemplaires numérotés avaient déjà trouvé preneur. C’est la première fois que la maison réserve une montre au Luxembourg, et le responsable de la boutique, Cédric Colchen, le dit sans détour : c’est la première montre qu’ils proposent spécialement dédiée au pays.
La règle à calcul circulaire de la face avant servait autrefois à calculer les routes des avions ; dans cette version spéciale, elle mesure le temps d’un monde où les frontières sont tombées et où la paix règne. Le cadran est d’un bleu profond et les trois compteurs d’un blanc argenté, mais il faut regarder de près les aiguilles de ces compteurs. Chacune des trois est peinte séparément : rouge, blanche et bleu clair. Autrement dit, le drapeau luxembourgeois n’a pas été posé sur le cadran comme un emblème mais comme trois aiguilles qui travaillent. Ici le drapeau ne reste pas immobile, il tourne.
La véritable âme historique de la montre se garde toutefois dans son fond saphir transparent. En regardant au centre de la glace, au-dessus des rouages qui travaillent en dessous, apparaît cet emblème légendaire du Luxembourg : le Lion rouge à double queue, couronné d’or. Le lion à double queue qu’Henri V avait gravé dans les remparts au XIIIe siècle ne se tient plus là comme une épée mais comme un bouclier, gardant le temps au-dessus du calibre Manufacture B01.
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Hasan Bekmezci
Le mouvement qui porte cette montre a lui aussi son histoire, et elle n’est pas courte. Avec le B01, présenté en 2009, Breitling est revenue à son propre calibre de chronographe après quarante ans d’interruption. Son architecture se tient du côté classique de la haute horlogerie : commande à roue à colonnes et embrayage vertical. Il est plus simple d’expliquer ce que signifie ce couple par un exemple. Dans un chronographe bon marché, la commande est assurée par une came ; quand on presse le bouton, la trotteuse fait un petit saut et le poussoir est dur sous le doigt. Une roue à colonnes travaille entre les dents d’un peigne cylindrique et adoucit la pression ; cette sensation nette, d’un seul bloc, sous le doigt vient de là. L’embrayage vertical, au lieu d’engager le compteur par un pignon horizontal, le met en marche en pressant deux disques l’un contre l’autre ; c’est pourquoi la trotteuse ne sursaute jamais au départ et pourquoi elle ne vole rien à la marche de la montre.
Au-delà de cela, la montre a confié sa précision à une institution : le calibre derrière le cadran est certifié COSC. Le sens de ce certificat est clair. Le mouvement est mesuré pendant quinze jours à trois températures et dans cinq positions, et sa marche moyenne quotidienne doit rester entre moins quatre et plus six secondes. La mention « Chronomètre Officiellement Certifié » gravée sur la lunette du fond n’est donc pas une formule publicitaire mais le procès-verbal d’un examen réussi.
Tandis que les épées de la guerre fondent et laissent la place à des micro-rouages, le vent qui souffle sur les rochers ne porte plus le bruit des boulets mais le tic-tac lisse du temps.
L’art horloger et le détail technique
Série limitée : 100 exemplaires numérotés dans le monde. Chaque montre porte son propre numéro au fond de boîte et la série n’a été vendue qu’à la boutique de l’avenue de la Porte-Neuve, à Luxembourg-ville. Prix : 9 520 euros. C’est la première montre que la maison dédie au Luxembourg.
Roude Léiw : au centre de la glace du fond, le Lion rouge à double queue et couronné, symbole du Grand-Duché de Luxembourg. Le calibre B01 et sa masse oscillante restent visibles sous la glace.
Aiguilles de compteurs aux couleurs du drapeau : les aiguilles des trois compteurs Tri-Compax sont peintes en rouge, blanc et bleu clair. C’est le seul signe qui distingue l’édition vue de face.
Mouvement : calibre Manufacture Breitling B01. Automatique, 28 800 alternances par heure, 47 rubis, commande à roue à colonnes et embrayage vertical. Environ 70 heures de réserve de marche.
Certification : chronomètre certifié COSC. Quinze jours de mesure à trois températures et dans cinq positions, marche moyenne quotidienne comprise entre moins quatre et plus six secondes. La mention Chronomètre Officiellement Certifié figure sur la lunette du fond.
Boîtier : 43 mm en acier inoxydable, couronne vissée, lunette cannelée entraînant la règle à calcul aéronautique, glaces saphir devant et derrière, étanchéité de 3 bars soit 30 mètres. Base de référence AB0138.
Fonctions : heures, minutes, petite seconde, chronographe au quart de seconde, compteurs 30 minutes et 12 heures, guichet de date à six heures.