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La toile écologique sur un cadran : la Franck Muller x Amador Montes Vanguard Slim

Une tipule dont les ailes sont devenues les aiguilles, un scorpion, un oiseau et une machine à coudre : la mémoire d’Oaxaca rencontre le métier genevois.

Hasan Bekmezci · · 6 min read
Franck Muller

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L’histoire de la haute horlogerie est la chronique d’une humanité qui cherche à comprendre la nature et le temps. Depuis des siècles, les horlogers s’efforcent de faire tenir le temps cosmique sur un poignet, au moyen de rouages, de ressorts et d’échappements.

Mais la Vanguard Slim Amador Montes, dernier fruit du projet mené par Franck Muller Mexico avec l’artiste contemporain mexicain Amador Montes, transforme un objet mécanique en quelque chose de bien plus profond : un microcosme biologique et philosophique.

Au-delà du boîtier en or rose, au-delà des tons vivants qui parcourent le cadran et au-delà de la philosophie de « Sin Ti Nunca », jamais sans toi, cette montre nous rappelle, par le détail entomologique de son cadran, l’immense ingénierie que recèlent les plus petits éléments de la nature. La Vanguard Slim Amador Montes retourne la définition convenue du luxe et fait de la haute horlogerie une toile de peintre et un journal anthropologique. Ce mécanisme que nous portons au bras ne compte pas seulement des secondes; il nous murmure que nous sommes de petites parties d’une histoire évolutive de milliards d’années, d’un équilibre écologique et d’un ordre sans faute dans la création.

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"Ce mécanisme que nous portons au bras ne compte pas seulement des secondes; il nous murmure que nous sommes de petites parties d’un équilibre écologique."

Hasan Bekmezci
Crane fly
Une tipule, Tipula maxima. Six pattes, deux ailes et quelques jours de vie; la figure au centre du cadran est exactement cet animal. Photo: Charles J. Sharp, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Les créatures et les objets symboliques qu’Amador Montes a portés sur ce cadran unique n’ont jamais été choisis au hasard; ils dressent au contraire une carte profonde de l’écosystème et de la mémoire humaine.

Le grand arthropode volant qui occupe le centre exact du cadran, et dont les ailes sont devenues les aiguilles qui disent l’heure, tient lieu de centre de l’écosystème. Le fabricant a nommé l’animal : une tipule, la mouche aux longues pattes des prairies humides. Des créatures de cette sorte soutiennent la chaîne de la production agricole en assurant la pollinisation des plantes, accélèrent le recyclage de la matière organique en aérant le dessous du sol, et constituent le barreau le plus solide de la pyramide alimentaire comme source de nourriture de base pour quantité d’animaux, de la grenouille à l’oiseau. Sans eux, le cycle du vivant s’arrête sur la terre. La part de travail propre à la tipule se joue sous le sol : la larve déchiquette les débris végétaux morts et ameublit la terre, tandis que l’adulte ailé ne vit que quelques jours, souvent sans jamais se nourrir, et se retrouve inscrit au menu des oiseaux, des chauves-souris et des poissons.

Le scorpion et les figures d’oiseaux réduites à l’essentiel, semés sur le cadran, rappellent l’équilibre du prédateur et de la proie et l’enchaînement sans faute de la chaîne alimentaire. Chaque créature est comme l’un des rouages qui font avancer le balancier de ce microcosme.

Les objets disposés autour du cadran, la machine à coudre et les motifs végétaux, établissent un parallèle saisissant entre le travail humain et la fécondité de la nature. De même que la machine à coudre fixe le fil dans l’étoffe et bâtit une structure, ces petits arthropodes cousent l’étoffe écologique et maintiennent la trame de l’univers. Une fleur, une plume, un coléoptère, un petit quadrupède et des éclaboussures magenta se répartissent sur le même fond couleur chameau, micro-sablé; « Sin Ti Nunca » est imprimé à six heures, Franck Muller à douze.

Franck Muller
Le cadran. Les deux ailes de la tipule centrale sont les aiguilles des heures et des minutes; autour, un scorpion, un coléoptère, un oiseau, une fleur, une plume, une machine à coudre et des éclaboussures magenta. Photo: Franck Muller
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"De même que la machine à coudre fixe le fil dans l’étoffe et bâtit une structure, ces petits arthropodes cousent l’étoffe écologique et maintiennent la trame de l’univers."

Hasan Bekmezci

L’Ancien Maître de l’Orient consigne dans ses écrits son étonnement, puis sa compréhension, devant les mouches, les insectes et les petites créatures qui sont créées comme des œuvres d’art sans défaut, qui portent sur elles d’immenses projets esthétiques et biologiques, et que l’on écrase pourtant sans effort sous le pied, elles dont la vie est extrêmement brève. Au début, il voit dans la facilité avec laquelle ces micro-êtres, créés avec tant d’ornement et tant d’art, se perdent et meurent vite, un gaspillage que la raison ne peut sonder; mais lorsqu’il en saisit la vérité, il comprend que cela repose sur une grande sagesse.

La vie de ces petites créatures est courte et leur reproduction immense, parce qu’elles ne sont pas des individus durables mais les merveilles passagères d’une exposition d’art divin sans cesse renouvelée. Dans le palais de l’univers, le Créateur leur confie leur charge sur cette scène afin que des œuvres entièrement neuves soient montrées à chaque instant. Leur mort rapide n’est pas un manque de valeur; ce sont les pages du livre de la vie tournées si vite qu’elles annoncent, dans une langue toujours fraîche, la grandeur de l’artiste dont elles sortent.

Lorsqu’un artiste achève une œuvre travaillée jusque dans son moindre détail, une satisfaction profonde et un plaisir esthétique montent dans son âme. Le Créateur de l’univers, de même, en faisant ce dessin optique parfait sur l’aile de chaque mouche et ces armures dorées sur le dos des coléoptères, contemple dans ces miroirs minuscules sa propre beauté sacrée et sans fin, son amour pur de l’art et ses joies divines. Nous ne pouvons pas accéder pleinement, par la raison, à cette joie divine; mais à la perfection de l’œuvre nous sentons la splendeur de cette satisfaction sacrée.

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Deux boîtiers côte à côte, or rose 18 carats et acier. La couronne est rose sur les deux; le bracelet est un tissu doré tissé. Photo: Franck Muller
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"Leur mort rapide n’est pas un manque de valeur; ce sont les pages du livre de la vie tournées assez vite pour annoncer la grandeur de l’artiste dont elles sortent."

Hasan Bekmezci

L’art d’Amador Montes prend racine dans la vieille culture populaire du Mexique, dans une mémoire folklorique qui sent la terre, et dans une conscience collective. La formule « Sin Ti Nunca », jamais sans toi, qui a également donné son titre au livre rétrospectif de l’artiste, dit en termes poétiques et bouleversants qu’un être humain ne peut pas vivre coupé de la nature, de ses racines et de l’équilibre que ces petites créatures lui offrent. Montes travaille à Oaxaca; il a derrière lui plus de vingt-cinq ans de travail et plus de cent trente expositions sur le continent américain, en Europe et en Asie.

À mesure que l’homme moderne repoussait la nature hors de sa vie et bâtissait des cages de béton, il a aussi mécanisé le temps et lui a retiré son âme. Le partenariat d’Amador Montes et de Franck Muller défie cette rupture sans âme en donnant à la montre un caractère presque vivant. Les motifs végétaux, les machines à coudre et les illustrations détaillées d’insectes qui ornent le cadran font se rencontrer, sur un pont sans défaut, la chaude mémoire terreuse du Mexique et le très haut métier de l’horlogerie genevoise.

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Le fond. Franck Muller Genève, le nom d’Amador Montes de sa propre écriture, le numéro de série limitée et la référence or rose de 35 mm, le tout gravé. Photo: Franck Muller

Le boîtier conserve la silhouette tonneau reconnaissable de la Vanguard et se taille dans un seul bloc d’or rose 18 carats ou d’acier; il existe quatre versions, 41 mm en acier limitée à trente pièces, 41 mm en or rose à dix, 35 mm en acier à dix et 35 mm en or rose à dix. En son cœur tourne le calibre automatique de Franck Muller, qui tire son énergie du mouvement du poignet.

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Le calibre automatique vu par le fond. La masse oscillante est signée Franck Muller et les ponts sont perlés en cercles. Photo: Franck Muller
Franck Muller
La montre attend son dernier réglage à l’atelier de Genthod. Toutes les figures du cadran sont posées à cette échelle. Photo: Franck Muller

La Franck Muller x Amador Montes Vanguard Slim « Sin Ti Nunca » est davantage qu’un objet de luxe ordinaire porté au poignet; c’est un manifeste vivant qui réunit l’horlogerie, la profondeur évolutive de la biologie, l’équilibre vital de la chaîne écologique, la sagesse de l’art divin dans ces créatures de courte vie telle que nous la voyons par la fenêtre de l’Ancien Maître de l’Orient, et l’ordre sans faute de la création.

Sin Ti Nunca. Sans la nature, sans nos racines et sans l’équilibre que ces petites et merveilleuses créatures nous offrent, jamais.

La montre dans les mots de son fabricant : Franck Muller, la Vanguard Slim Amador Montes

Catégorie Chefs-d’Œuvre
Auteur Hasan Bekmezci
Publié le Kasım 2, 2026
Lecture 6 min read
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