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Dans la montagne, le brouillard et le temps : un examen dans les vallées du Jura, Longines HydroConquest Chronograph

Une nuit d’hiver à Saint-Imier, une conversation entre un maître et son apprenti, et le sablier ailé qui en est sorti.

Hasan Bekmezci · · 8 min read
Longines

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L’hiver dans le Jura est moins un changement de saison qu’un siège existentiel. Le brouillard gris et lourd qui remplit les vallées efface la limite entre le ciel et la terre et serre l’homme dans un espace étroit où il n’a d’autre refuge que sa propre voix intérieure. Sur les rives gelées de la Suze, la lumière jaune et maigre d’une lampe à gaz filtrait par les fenêtres d’un bâtiment de bois et de pierre, élevé sur une étendue de terrain que les gens du pays appelaient depuis longtemps Les Longines.

Dehors, le vent frappait les rochers abrupts des montagnes et hurlait ; il emportait la neige des branches de sapin au fond de la vallée. Dans l’atelier régnait au contraire un silence tout autre, presque sacré. Ce silence n’était pas tissé d’absence mais du tic-tac rythmé d’un micro-univers mécanique fait de dizaines de rouages, de leviers et de ressorts.

Saint-Imier
Saint-Imier vu du Mont Soleil. La vallée court entre deux crêtes ; en hiver le brouillard la remplit et n’en sort pas pendant des jours. Photo: Green slash / CC BY-SA 3.0

Le maître Ernest, serrant la loupe de laiton dans son œil, saisit avec sa brucelle un minuscule rouage posé sur l’établi. Ce rouage, qu’il allait poser sur un axe plus fin qu’un cheveu, était la dernière pièce d’un mécanisme nouveau sur lequel il travaillait depuis des semaines et qui allait ouvrir une voie dans les montres de poche.

Un peu plus loin était assis Jean, à peine dix-huit ans, en apprentissage dans l’atelier pendant les hivers durs du Jura. Jean limait et ponçait des platines de laiton depuis des heures, mais il ne parvenait pas à détacher les yeux de ce brouillard noir et infranchissable à la fenêtre. Pour Jean, ces montagnes n’étaient rien d’autre qu’une prison immense où le temps ne coulait jamais et où l’homme était pris au piège.

Jean posa sa lime sur l’établi. Il poussa un profond soupir dans l’air plein de poussière de laiton. Maître, dit-il, la voix tremblant un peu, dehors on dirait que la vie s’est arrêtée ; même la rivière est immobile sous la glace. Et nous voilà ici, à travailler au millième de millimètre comme si nous allions sauver le monde. Les gens meurent dans leurs champs, les arbres pourrissent, les montagnes s’effritent. Pendant que le temps balaie tout, que signifie que nous alignions si soigneusement ces petits morceaux de laiton ? Essayer d’enfermer le temps dans une boîte, n’est-ce pas essayer de prendre le vent dans ses paumes par temps de brouillard ?

Saint-Imier
La Suze dans la vallée. L’atelier fut élevé sur les longues prairies au bord de cette eau, et le nom de la maison vient de là. Photo: Arkelin / CC BY-SA 4.0

Le maître Ernest posa lentement sa brucelle sur la peau de chamois. Il ôta la loupe de son œil. Avec la fatigue des années et un visage ridé durci par l’air de la montagne, il regarda le jeune apprenti. Il prit au bord de la table un sablier de verre rempli de sable fin et le retourna. Les fins grains jaunes se mirent à couler par le col étroit en une seule ligne.

Regarde, Jean, dit le maître Ernest en montrant le sable qui coule. Ce que tu vois là, c’est la nature. Ce sable, c’est la terre, c’est la décomposition, c’est la fin inévitable. L’extinction des étoiles, et le jour où nous nous mêlerons nous aussi à la terre de ces montagnes, sont comme la chute de ces grains. Le temps est une force sans pitié qui use, pourrit et détruit le vêtement de la matière. Si nous ne regardons que ce sable, nous ne pouvons être que des victimes écrasées sous le temps.

Le maître Ernest s’arrêta. Il prit une platine de laiton vierge et son échoppe.

Mais l’homme, reprit le maître, ne ressemble à aucun autre vivant de la nature. L’homme est le seul être conscient de sa propre mortalité. Tandis que le temps l’engloutit, il redresse son esprit. Tout comme ces rouages qui battent. Nous n’enfermons pas le temps dans une boîte, Jean. Nous dressons notre intelligence, notre volonté et notre sens du beau devant cet écoulement absolu qui court et qui nous détruit. Le temps nous entraîne peut-être ; mais en le mesurant, en le découpant en tranches et en lui donnant un sens, nous établissons sur lui une souveraineté.

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"Nous n’enfermons pas le temps dans une boîte ; nous dressons notre intelligence, notre volonté et notre sens du beau devant cet écoulement absolu."

Hasan Bekmezci

D’un geste rapide et sûr de l’échoppe, le maître grava une forme dans la platine de laiton. D’abord la silhouette d’un sablier qui coule vers le bas parut au milieu de la platine. Puis, s’ouvrant vers le ciel de part et d’autre de ce sablier, il grava deux ailes d’aigle nettes et fières.

Voilà, dit le maître Ernest. Le sable qui tombe est notre lien à la terre et à la mort, c’est-à-dire le destin auquel nous n’échappons pas. Mais ces ailes que nous avons posées de part et d’autre du sablier sont la conscience de l’homme, sa raison, la révolte qu’il lève contre le temps et contre la cruauté de la nature. Nous avons appelé cette fabrique Les Longines. C’est le nom de cette vallée. Mais ce que nous faisons n’est pas seulement une montre ; c’est la tenue digne de l’homme devant le temps.

Cette nuit-là, le symbole gravé dans ce petit atelier de la vallée de Saint-Imier devint la plus ancienne marque déposée de l’histoire de l’humanité parvenue jusqu’à nous sans avoir jamais été changée : le sablier ailé.

Saint-Imier
La fabrique Longines à Saint-Imier vue du ciel dans les années 1920. Les bâtiments se tiennent au milieu de ces longues prairies qui ont donné son nom à la maison. Photo: Walter Mittelholzer / ETH-Bibliothek Zürich / Public domain

Ce dialogue dans le petit atelier du Jura est en vérité le cœur d’une interrogation que l’humanité cherche à résoudre depuis qu’elle existe. Qu’est-ce que le temps ? Le temps est-il les rouages qui tournent sous le cadran de nos montres, ou n’est-il qu’une perception qui résonne dans les couloirs de notre esprit ?

Tout au long de l’histoire de la philosophie, les réponses à cette question dégagent trois couches différentes de l’idée de temps. La première est le temps objectif et destructeur, l’écoulement de la matière : le temps que nous voyons dans la nature est entropie, décomposition, vieillissement. Qu’une étoile consume son carburant, que le fer rouille, que l’homme vieillisse relève du monopole de ce temps-là. Il est linéaire et sans pitié ; il avale tout ce qui se présente. L’hiver du Jura en est l’expression la plus nue, et devant ce temps l’homme est un objet passif.

La deuxième est le temps de la conscience et de la présence ; ce temps que l’homme appelle maintenant, où il parvient à la conscience et manifeste une volonté. Ce qu’Ibn Arabi nommait Ibn al-Waqt, le fils de l’instant, et ce que la philosophie occidentale appelle le temps qualitatif tombent exactement ici. Ce qui compte n’est pas combien d’heures le temps a duré, mais combien de profondeur, de volonté et de sens ont été logés dans cet instant.

La troisième est la réponse que l’homme donne par le métier et par la raison, c’est-à-dire l’équilibre mécanique. L’horlogerie se tient exactement au croisement de ces deux plans. Faire une montre est l’art de changer ce qui est abstrait et sans pitié en un mécanisme concret et maîtrisable. L’homme prend le laiton, l’acier, le rubis et le saphir et dresse un ordre humain devant l’écoulement désordonné de la nature. Il ne peut arrêter le temps, mais il l’apprivoise.

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"L’homme ne peut arrêter le temps, mais il l’apprivoise."

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Saint-Imier
Le même bâtiment aujourd’hui. La fabrique se tient toujours dans la même vallée, au bord des mêmes prairies. Photo: Roland Zumbuehl / CC BY-SA 4.0

S’il faut rendre concret dans un objet porté au poignet ce combat existentiel dont les fondations furent posées dans l’air brumeux du Jura, la Longines HydroConquest Chronograph est l’un des instruments les plus forts de cet héritage philosophique. Avec son boîtier d’acier de quarante-trois millimètres, son cadran bleu, sa lunette de céramique bleue et son bracelet de caoutchouc bleu texturé, la montre résiste à trois cents mètres d’eau et se remonte seule.

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La montre dans son écrin. Trois compteurs, une trotteuse de chronographe centrale à pointe rouge et le guichet de date à trois heures. Photo: Hasan Bekmezci

La montre de l’image n’est pas un accessoire ordinaire, ni seulement un instrument qui donne l’heure. Elle est le sablier ailé que le maître Ernest a gravé dans cette platine de laiton, relu par l’ingénierie moderne.

La première chose est la volonté de diriger le temps. Les compteurs placés à trois, six et neuf heures, avec l’aiguille centrale des secondes et son détail rouge, changent en relation active la relation passive que l’homme entretient avec le temps. À l’instant où vous pressez le poussoir du chronographe, vous créez à l’intérieur du temps universel qui coule une tranche de temps qui vous appartient. Le temps ne s’écoule plus simplement ; il commence à votre ordre et il s’arrête à votre ordre.

La deuxième est un bouclier contre l’usure. La céramique, employée contre le temps, cette force la plus destructrice de la nature, oppose une résistance absolue aux rayures et au ternissement. Comme la roche dure qui résiste aux tempêtes du Jura, la lunette de céramique de la montre empêche le temps de laisser sa trace sur la surface extérieure.

La troisième est la profondeur et l’équilibre des pressions. La couronne vissée, les poussoirs vissés du chronographe et le bracelet de caoutchouc bleu texturé intégré au boîtier font de la montre une armure qui fonctionne jusque dans les profondeurs sombres et sous haute pression de la mer. C’est la résolution de l’homme de garder sa souveraineté sur le temps non seulement sur terre et dans l’air, mais aussi sous l’eau.

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Les longues prairies de la vallée, à Courtelary. Le nom de la maison ne vient pas d’une invention mais du nom local d’un morceau de terrain. Photo: Manuel Schmalstieg / CC BY-SA 4.0

En regardant depuis la vallée brumeuse du Jura le monde compliqué et pressé de nos jours, le sens du geste de porter une montre s’approfondit. L’homme d’aujourd’hui est devenu l’objet du temps parmi les écrans numériques et les algorithmes ; chaque seconde le malmène sous la forme d’une donnée biométrique, d’une notification ou d’une hâte.

Porter au poignet, dans une telle époque, une montre mécanique comme la Longines HydroConquest Chronograph, c’est se tenir à la vérité que le maître Ernest murmurait à son apprenti dans cet atelier gelé de Saint-Imier en 1867. Le temps coule ; il effrite les montagnes, use les corps et fait tomber le sable. Mais il y a dans l’homme un esprit qui ne se rend pas à cet écoulement, qui donne au temps une direction par sa raison et par son métier. Ce sablier ailé du cadran nous rappelle, à chaque regard, que nous ne sommes pas de pauvres mortels mais des êtres doués de volonté, battant des ailes au-dessus du temps.

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"Le sablier ailé nous rappelle, à chaque regard, que nous sommes des êtres doués de volonté, battant des ailes au-dessus du temps."

Hasan Bekmezci

La montre sur le site de son fabricant : Longines, HydroConquest

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Auteur Hasan Bekmezci
Publié le Ekim 8, 2026
Lecture 8 min read
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